3e Vendredi de P

avril 18, 2013

Jn 6,52-59.

Pour ses disciples effrayés Jésus a une septième parole. « Cela vous choque ? Alors que direz vous lorsque vous me verrez retourner là d’où je viens. » S’ils sont choqués par ses paroles, ils le seront bien plus par sa Passion humiliante. Car ils ne verront que la honte, que l’humiliation, que la faiblesse apparente. A ces gens là Jésus dit: « La chair est impuissante, c’est l’Esprit qui vivifie ». Si donc vous êtes instruits intérieurement vous ne vous laisserez pas abattre par les apparences mais si vous ne voulez pas démordre de vos raisonnements, de vos préventions, vous allez vous casser la figure. Cette opposition de la faiblesse de la chair à la puissance de l’Esprit est bien dans la Tradition biblique. C’est ainsi que parle Isaïe s’efforçant de dissuader son Roi d’une alliance avec l’Egypte. « Malheur à ceux qui descendent en Egypte pour y chercher protection. L’Egyptien est un homme et non un dieu, ses chevaux sont chair et non esprit. » (Is 31,1-3) L’opposition est claire. D’un coté il y a la créature dans sa fragilité et de l’autre Dieu qui seul donne la vie. « Voyez-vous, les paroles que je vous dis sont esprit et elles sont vie. » Jésus insiste. Et il tend la perche encore avec sa huitième parole. « Je vous l’ai dit, il vous est impossible de venir à moi si le Père ne vous attire. » Laissez- vous donc faire par le Père. Aller à Jésus c’est un don du Père. Ceux qui n’ont pas reçu ce don ne peuvent pas croire en lui. Et ne croyant pas, ils limitent l’efficacité de la parole de Jésus et de son pouvoir de donner la vie. Ils ne sont pas disponibles pour prendre l’orientation que Jésus veut leur donner. Ils continuent de rêver d’un Messie temporel. Et c’est pourquoi, à partir du moment où ils ont perdu l’espoir de voir Jésus réaliser ce rêve, ils cessent de le suivre.

3e Jeudi de P

avril 17, 2013

Jn 6,44-51.
Que veut dire Jésus lorsqu’il parle du vrai pain ? Vrai, c’est à dire que tout n’a de sens qu’en lui. Lui seul peut donner la plénitude. Cela ne signifie pas que la lumière matérielle soit une fausse lumière ni que la vigne des champs et le pain du boulanger soient une fausse vigne et un faux pain. Cela veut dire que tout doit nous conduire au Christ. Les choses visibles vont disparaître de devant nos yeux mais si elles nous conduisent vers Celui qu’elles signifient, elles ne seront pas passées devant nous en vain. Il y a quelque chose d’éternel dans les réalités qui passent. C’est l’impact qu’elles ont eu en passant devant nous. S’il n’y avait pas cet impact, si rien ne restait, leur passage dans notre vie serait de la dernière absurdité. Il en est de même pour nous, pour notre personne. Si nous devions être aujourd’hui et ne plus être demain après avoir vécu des choses immortelles, après avoir aimé, par exemple, il y aurait de quoi crier de désespoir et être poussé au suicide. Nous avons donc besoin de la certitude profonde que nous sommes vivants pour toujours. Même si, extérieurement nous le nions, parce que nous n’avons pas de preuve de notre immortalité. Mais d’où vient-elle cette certitude ? Elle vient de ce que nous sommes enseignés par Dieu. Si nous descendons en nous-mêmes, au cœur de notre être, nous recevons, cet enseignement. Il provoque chez nous une illumination intérieure que l’on ne peut pas expliquer en termes humains et que l’on appelle la foi.

3e Vendredi de P – Jn 6,52-59.

3e Mercredi de P

avril 16, 2013

Jn 6,35-40

Lorsque nous communions ce n’est pas du pain que nous mangeons, c’est sa chair, ce n’est pas du vin que nous buvons, c’est son sang. Par la communion nous nous unissons à Lui aussi intimement qu’il est possible de le faire. Quand nous mangeons la nourriture ordinaire, cette nourriture devient nous, car nous l’assimilons. Mais en mangeant le corps du Christ, nourriture venue du ciel, c’est nous qui devenons lui, c’est lui qui nous assimile en nous amenant à sa ressemblance. On a découvert à Tabga, près du Lac, une mosaïque qui représente des poissons et des oiseaux. Des poissons qui sont en train de devenir des oiseaux. Pourquoi cela ? Parce que la mer c’est la finitude. Si les poissons veulent sortir de la finitude et aller au ciel, aux eaux d’en haut, au Shamaïm, ils doivent devenir des oiseaux. Le Verbe de Dieu est descendu dans notre finitude, mais ce n’était pas pour faire du tourisme, c’est pour que nous devenions capables avec lui, de naître de nouveau et d’en haut, de dépasser notre finitude pour aller au Shamaïm, ce n’est pas pour rien qu’il nous y prépare une place.

3e Mardi de P

avril 16, 2013

Jn 6,30-35.

Jésus cherche à faire avancer ses disciples dans la connaissance de la Vérité. « Ne parlez pas trop de la manne comme du pain venu du ciel. Si c’était le pain du ciel, ceux qui l’ont mangée seraient encore vivants. Et ils sont morts. » « Le pain du ciel, c’est moi. J’en viens, du ciel et c’est pour vous que j’en viens pour que le monde aie la vie. Afin qu’il n’y ait plus de mort pour ceux qui me mangeront. Car cette nourriture qui donne la vie pour toujours c’est ma chair. C’est moi-même. » Le mot araméen bishra, comme l’hébreu basar, qui signifie la chair a un sens plus large que son correspondant français. Il signifie toute la réalité de l’homme, avec ses possibilités et ses faiblesses. Le Fils de Dieu s’est incarné pour transfuser sa vie à l’homme tout entier, son âme et son corps. Nous avons donc à recevoir cette vie en l’accueillant, non seulement avec notre esprit dans l’acte de foi, mais avec notre corps, en le mangeant sous les apparences du pain, en le buvant sous les apparences du vin.

3e Lundi P

avril 14, 2013

Jn 6,22-29

Jésus a donné du pain, c’est pour faire désirer le pain qui ne passe pas, qui conduit à la vie qui ne finit pas. Il en est de même avec la théologie de la libération. Il ne s’a git pas de libérer l’homme à moitié. Il faut le libérer totalement. Et pas seulement des gens qui l’exploitent mais des tendances de mort qui sont en lui comme une maladie. Pour être totalement libéré, il faut changer d’esprit. Oui, il ne sert à rien de discuter à perte de vue. Laissons le Père parler à notre cœur, offrons nous à lui. Lui seul peut nous conduire vers Son Fils, celui en qui toute la révélation s’accomplit. C’est en s’inspirant d’Isaïe que Jésus annonce : Dorénavant c’est au cœur de votre être que le Père veut vous parler. Mais tout homme de bonne volonté est instruit par Dieu qui le conduit vers Jésus. Et Jésus l’instruit ainsi que dit Jean : Nul n’a jamais vu Dieu mais un Fils unique, Dieu, tourné vers le sein du Père, celui là nous l’a fait connaître. Et le verbe que Jean emploie pour dire ‘Il nous l’a fait connaître’ signifie également : ‘Il est devenu notre chef’. Et chef peut être pris dans le sens de tête. Ce Fils est devenu la tête de ce grand Corps que nous sommes tous ensemble. C’est en fonction de Jésus qui seul connaît le Père de façon immédiate et plénière que se réalisent toutes les promesses. Voir le Père, c’est le désir de tout homme de bonne volonté, et c’est pourquoi Philippe lui lance cette parole venue du fond de son cœur. Seigneur ! Montre-nous seulement le Père, et ça suffit ! Et Jésus répond que pour connaître le Père il suffit de le regarder, lui Jésus. Qui m’a vu a vu le Père !

3e dim Pâques

avril 13, 2013

Jn 21,1-19.

Voici donc que les ennemis de Jésus se défendent contre l’accusation d’assassinat que Pierre et Jean leur jettent au visage. « Nous vous avions interdit d’enseigner au nom de ce Jésus de Nazareth. » On peut maintenant admirer la simplicité et le courage de Pierre en de Jean qui risquent leur vie en disant : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. » Dans les actes il y a deux sortes de prédication, celle adressée aux juifs et celle adressée aux non-juifs. Quand les apôtres parlent aux non-juifs, ils leur parlent du Dieu Unique, Créateur du ciel et de la terre, Providence de tous les hommes. Ils ne font allusion ni à l’Histoire d’Israël ni à sa Tradition. Et de même Paul quand il parle aux grecs, il cite leurs poètes, leurs coutumes, mais pas l’Ecriture d’Israël, évidemment. Dans ce passage, Pierre et Jean s’adressent à des juifs en se référant à la Tradition comme à la Sainte Ecriture. Ils parlent devant des gens capables de les mettre en prison, de les torturer et de les tuer. Et ils disent : « Comment pourrions-nous taire ce que nous avons vu et entendu ? Ce Jésus est mort parce que vous l’avez fait condamner. Mais il est sorti du tombeau comme vous avez pu le constater. Il nous est apparu, il s’est assis à notre table, il a mangé et bu avec nous. Il est vraiment ressuscité, nous en sommes témoins. Cela a été annoncé par les prophètes, par les psaumes, mais vous ne voulez pas l’entendre parce que cela vous dérange. » Leurs interlocuteurs sont férus de Loi, de Prophètes, d’écrivains sacrés. Pierre et Jean s’appuient sur ces paroles inspirées pour les appeler à la conversion, leur annonçant l’Esprit Saint qui veut remplir le cœur de ceux qui parviennent à l’obéissance de la Foi.(Ac 2,38) On peut être étonnés de ce qu’ils n’aient pas été exécutés au cours des premières années. C’est peut-être parce qu’il n’y avait pas que des hommes de mauvaise foi chez les rabbins. Comme ici Gamaliel, c’est un rabbin célèbre qui prend la parole pour inviter ses frères au bon sens. « Vous savez bien que ce qui ne vient pas de Dieu ne peut pas durer. Souvenez vous de Teudas, ce maquisard qui avait promis à son armée de lui faire passer le Jourdain à pied sec. Eh bien Teudas s’est fait tuer et ses hommes ont été dispersés. Tandis que si ce groupe continue de se développer dans la paix, il vient peut-être de Dieu. En le combattant, vous risquez de vous attaquer à Dieu. » Et le Peuple qui les aimait ! La crainte du Peuple et les paroles de Gamaliel ont eu raison de leur haine pour un temps. Ils ont donc libéré les apôtres mais non sans les faire flageller. Cependant, au lieu de se sentir punis, voici deux hommes remplis de joie. Ils ont été jugés dignes de souffrir avec leur Maître pour le Nom de Dieu. Leur sang versé a été le meilleur des témoignages, c’était la Passion du Christ rendue visible à nouveau et qui attirait à lui les âmes de bonne volonté. « Seigneur, tu m’as ramené de l’abîme, tu m’as fait remonter de la fosse. Tu as changé mon deuil en une danse, je te rendrai grâce pour toujours. » Et Jean a les mêmes paroles au sujet de sa vision. Des myriades d’anges acclament l’Agneau Immolé, déclaré vainqueur. « Il est digne l’Agneau Immolé de recevoir puissance, richesse, sagesse, force, honneur, gloire et louange. » Il a souffert pour la bonne cause et Dieu l’a fait triompher. Il est vainqueur parce qu’il a souffert et non parce qu’il est puissant. C’est ce qu’il promet à son successeur. Les disciples sont ensemble. Pierre a repris sa barque et ses filets. Le pêcheur d’hommes est resté pêcheur de poissons. Et c’est à eux tous réunis que Jésus va apparaître. Il les aborde leur en demandant quelque chose. Il est comme ça, Jésus. Avant de combler il commence par demander un petit rien. Ce jour là il leur demande s’ils ont du poisson alors qu’il va leur offrir une pêche extraordinaire. Dieu est Le Généreux, et le disciple bien-aimé l’a reconnu tout de suite. Il le dit à Pierre qui plonge pour arriver plus vite. Jésus l’attend auprès d’un feu de braises! Comme dans la cour de Caïphe. Auprès d’un feu de braises Pierre a nié trois fois qu’il n’avait rien de commun avec cet homme. Il en est encore tout chaviré. Et les questions que Jésus va lui poser ne vont pas l’aider à retrouver son assurance. Avant tout ils reçoivent du pain et du poisson. Puis Jésus invite Pierre à un dialogue que l’on peut appeler le dialogue fondateur de l’Eglise. Pierre m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Et il emploie le verbe agapan qui est l’amour inconditionnel du disciple pour son maître. Pierre n’ose pas dire « Je t’aime inconditionnellement. » Il dit seulement « Je suis ton ami. » Jésus recommence « M’aimes-tu inconditionnellement ? » – « Je t’ai dit que je suis ton ami. » Jésus frappe un dernier coup « Es-tu mon ami. Fileis me ?» Pierre est prêt à pleurer « Tu le sais bien puisque tu sais tout. »
Quelques jours plus tôt Pierre avait renié son Maître avec blasphème. Il fallait qu’il connaisse Jésus jusqu’au fond de l’âme pour oser dire : « Tu sais que je t’aime puisque tu sais tout. » Il vient de se montrer digne de remplacer son Maître et Jésus lui annonce « C’est vrai. Tu m’aimeras jusqu’à la mort. Un jour tu étendras les bras, et toi aussi tu seras crucifié. » Pierre est institué Berger et le Bon Berger c’est celui qui donne sa vie pour ses brebis.

2e Samedi après Pâques

avril 12, 2013

Jn 6,16-21

Mais comme cette foule n’a pas compris il ne reste à Jésus qu’à se cacher loin d’elle et loin de ses disciples. Il s’en alla seul. Marc dit qu’il alla à la montagne pour prier, mais Jean insiste sur le fait qu’il était seul comme tous les incompris. « Le soir venu… » Voici maintenant le cinquième signe rapporté par Jean. Jésus n’est pas avec ses disciples et il fait nuit. Nuit parce que le soleil est couché mais surtout parce que Jésus n’est pas là. Ils sont au milieu du Lac et ils s’épuisent à ramer, dit Marc 6,48. Tout leur est contraire, le vent, la mer, l’absence de leur Maître. Et c’est peut-être surtout l’absence de leur Maître qui leur est contraire. Alors que tout allait si bien politiquement, le voilà qui fuit. En Matthieu aussi on peut supposer qu’il y a protestation de leur part mais c’est parce que Jésus les emmène chez les païens et ils vont revenir impurs sans pouvoir aller à la synagogue. Jésus les a calmés en leur disant que les païens aussi l’intéressent. Tout à coup voici que Jésus leur apparaît tout proche. L’épreuve leur donne de s’apercevoir de sa proximité, et ils s’aperçoivent aussi que les puissances de la mort ne peuvent rien contre lui. Jésus voit leur frayeur et les tranquillise aussitôt: N’ayez pas peur. C’est moi. Jésus leur a dit : C’est moi ! Mais on peut donner un sens spirituel à ce Egô eimi! Je Suis. Je Suis qui est le nom propre de Dieu dans la Tradition Hébraïque et la déclaration même de l’Exode. Dieu dit à Moïse: Voici dans quel termes tu t’adressera aux enfants d’Israël. Tu leur diras: Je Suis m’a envoyé vers vous. (Ex 3,14) Et lors du nouvel Exode annoncé par Isaïe, il proclame son œuvre de la même manière: Ils vont quitter Babylone, ils vont revenir en Israël parce que Je Suis, dit Dieu, depuis l’éternité. (Is 43,12-13)
A peine Jésus leur avait-il dit Je Suis que la mer se tait, le vent se calme et ils se trouvent aussitôt à l’endroit même où ils désiraient aller. Ainsi que le dit le psaume: Ils criaient vers Il Est dans leur détresse et il les a délivrés de leur angoisse. Il ramena la bourrasque au silence et les flots se turent. Il les conduisit au port de leur désir. (Ps 107,28-30) Certains datent ce fait de la vie de Jésus après sa Résurrection. Cependant les quatre évangélistes le lui font vivre avant la Passion. Cela signifie que Jésus est Dieu de toute éternité et qu’il n’a pas eu à attendre sa montée vers le Père pour être maître des éléments et des puissances de la mort. C’est l’habitude de Jean d’employer des mots à double sens. Ces deux mots, Ego eimi qui ont le sens obvie de C’est Moi résonnent comme le Nom divin lui-même. Il en est de même pour l’arrestation au jardin des oliviers. Jésus dit: Egô eimi, et voilà la cohorte renversée. Ici il dit: Egô eimi et la tempête est calmée et le but de leurs efforts atteint. Le bateau touche terre et c’est là que Jésus va annoncer l’accomplissement prochain des promesses. Il va offrir la manne véritable, le pain vivant et glorieux.

2e Vendredi de P

avril 11, 2013

Jn 6,1-15
Nous allons vivre la lecture du quatrième signe dans l’Evangile de Jean. On peut appeler cela une étude mais ce n’est pas seulement une démarche au niveau intellectuel. Il faut évidement laisser agir son intelligence intellective, rechercher aussi exactement que possible ce que dit le texte et pour cela se soumettre aux règles d’une science honnête. Et avoir l’humilité d’apprendre ces règles. Mais ce ne sont pas seulement des paroles que nous étudions, c’est La Parole et la Parole c’est la personne de Jésus lui-même avec qui nous faisons connaissance. Les synoptiques font découvrir Jésus peu à peu à la manière dont les apôtres l’ont découvert. C’est pourquoi vingt ans après la Résurrection du Maître ils décrivent leur cheminement depuis le premier appel jusqu’au moment où la vérité leur devient évidente. Cette vérité c’est que Jésus est le Verbe de Dieu, il est l’Emmanuel. Il est le Fils de l’Homme annoncé par Daniel, il est l’accomplissement des promesses faites à Israël. Quant à Jean il écrit à une église qui chemine depuis bientôt soixante dix ans, son évangile est une catéchèse pour une chrétienté qui connaît l’essentiel de la vie de Jésus. Il les fait entrer en contemplation devant cet essentiel que lui-même a contemplé tout au long d’une longue vie. Le chapitre 6 nous fait revenir avec Jésus en Galilée. C’est là qu’il va opérer un quatrième signe. A propos de ce signe de la multiplication des pains, Jean veut faire ressortir la générosité de Dieu. Un générosité absolue qui ne se contente pas de remplir le ventre des affamés mais qui tient à leur donner plus qu’ils ne peuvent manger. Les disciples deviennent de plus en plus nombreux, les gens viennent en foule de tous les cotés, attirés qu’ils sont par ses miracles. Si bien que lors des discussions pour savoir si Jésus est bien le Messie, certains diront: « Quand le Messie viendra est-ce qu’il fera plus de signes que celui-ci ? » (7,31) Jean montre ainsi qu’il est au courant des nombreux miracles accomplis par Jésus, mais lui-même n’en choisit que sept, ceux dont il a besoin pour illustrer l’enseignement qu’il rapporte et pour montrer la nouveauté de cet enseignement qui consiste plutôt dans l’incarnation et l’accomplissement que dans les discours. Les discours accompagnent les actes, ils en donnent la signification. Comment Jésus guérit-il les malades ? Par son rayonnement. Si vous voulez un corps sain il faut une âme saine. Et qu’est ce qu’une âme saine ? C’est une âme pleine de l’Esprit Saint. Et en Jésus il y a tant d’Esprit Saint, ça brûle tellement en lui qu’il en sort une sanation. Mais Jésus a suffisamment d’équilibre pour ne pas se dissiper. Et lorsqu’il voit que les gens se laissent trop attirer par les bienfaits temporels qu’il distribue avec générosité, il s’enfuit. On lui court après, il monte à la montagne, il va dans les lieux déserts. Dans la Bible, la montagne a une signification religieuse et Jésus y accomplit plusieurs actions qui manifestent sa mission. Par exemple le Sermon sur la Montagne, (Mt 5,1-12) La Transfiguration, (Mt 17,1-8 et parallèles) Jean est le seul avec Matthieu à situer sur la Montagne la multiplication des pains. La multiplication des pains est donc un geste par lequel Jésus se révèle. En distribuant le pain et les poissons, Jésus réalise la promesse du festin des derniers temps servi par Dieu sur la montagne. « Yahweh prépare pour tous les peuples un festin de viandes grasses et de bons vins. Des viandes grasses, juteuses et des vins clarifiés. Il fera disparaître le voile de deuil qui voilait les peuples et le suaire qui enveloppait les nations. » (Is 25,6-7) Jésus s’assied. Derrière cette foule de fidèles et de disciples, il contemple la caravane des hommes de tous pays. Des hommes à le recherche d’une nourriture et d’un chef capable de la leur montrer. Il sait qu’ils ont besoin de travail et de pain et de beaucoup plus encore. Il leur en donnera du pain mais il veut faire naître en eux le désir d’une autre nourriture. D’une nourriture qui renverse le courant mortel de l’existence et conduit à travailler à la vraie vie. Cette nourriture répond à la faim qui est la raison d’être du pain et du travail. C’est la faim de se donner soi-même à manger à ceux qu’on aime. Telle est la nourriture et le travail que le Père offre par son Fils. La Fête de Pâques était proche. Voilà une précision intéressante du point de vue chronologique, mais surtout théologique. Car les synoptiques situent dans le cadre de la Pâques l’institution de l’Eucharistie. Et le discours où Jésus s’appelle lui-même le pain vivant, Jean le situe à proximité de la Pâques. Le discours ne viendra qu’après. Jésus pose d’abord un geste significatif, il donne à manger. Mais il veut que ce geste soit bien compris; il demande à Philippe, « pour l’éprouver »: Où trouverons-nous du pain ? Philippe reconnaît que cela dépasse leurs possibilités à tous, alors Jésus ordonne: Faites les asseoir. « Il y avait beaucoup d’herbe verte en cet endroit. » Jean ne donne pas de précision sans nécessité. Or voici que l’herbe verte est un des signes de l’espérance messianique. C’est l’abondance dont parle le psaume 72 dédié au roi Salomon mais qui est un portrait anticipé du roi messianique, le Roi qui préside à l’abondance. Voici qu’André entre en scène. André et Philippe sont souvent associés dans l’Evangile de Jean. Un peu avant la Passion, lorsque les grecs vont trouver Philippe, Philippe va chercher André et tous deux vont vers Jésus. André vient donc dire qu’il y a là un garçon avec cinq pains d’orge et deux petits poissons. Jean est le seul à parler de ce jeune homme et il donne un autre détail, c’est celui des pains d’orge. Cela se passe comme pour le miracle d’Elisée. « Un homme vint et apporta à l’homme de Dieu vingt pains d’orge et du grain frais en épis. Elisée ordonna: « Offre cela aux gens et qu’ils mangent. » Son serviteur lui dit: « Comment donnerai-je cela à 100 personnes. Elisée répondit: « Offre le leur car ainsi parle Yahweh , on mangera et il y en aura de reste. » On le leur servit donc et ils mangèrent et il y en eut de reste.(2 R 4,42-44) Jésus prit donc les cinq pains et les deux petits poissons, tout ce qui constituait le repas de l’enfant. Il y en avait assez pour le rassasier lui, et voilà qu’il donne tout à Jésus, sans rien garder! Du coup, il y en a assez pour tous. Jésus rend grâces et quelle est son action de grâces ? Prendre les pains, rendre grâces et distribuer ce sont les gestes de la Liturgie juive qui passeront à la Liturgie chrétienne. Il rend grâce au Père d’avoir donné à l’enfant un cœur aussi généreux. Puis il fait distribuer ce qui lui a été donné. Comme cela s’est passé avec Elisée, l’entourage de Jésus prend une part active au signe réalisé. L’enfant et les disciples sont associés à son œuvre de salut et à l’enseignement qui va en découler. Cet enseignement c’est que le Dieu d’Israël est le Dieu du partage. Il veut tout donner mais il veut aussi qu’Israël, en la personne de ce gamin, apporte tout ce qu’il a. On a voulu réduire ce miracle à un simple bon exemple donné par l’enfant d’abord et par Jésus ensuite. Le pain et le poisson serait alors sorti des sacs comme par enchantement. Les gens seraient tout à coup devenus généreux. Pourquoi n’y aurait-il pas eu multiplication des pains ? Cela n’empêche pas qu’il y ait eu le signe des signes. Et le signe des signes c’est que quelqu’un a commencé et que la merveille de l’amitié s’est communiquée. Et le bienfait matériel fait désigner Jésus comme Roi. Avec un roi comme celui-ci on ne manquera de rien. Et ils voulaient l’enlever. Ils ne comprennent pas le sens de sa mission, ils ne voient que ce qui tombe sous leurs yeux. A Cana, ils se sont contentés de boire, ici ils se contentent de manger. Et de penser que maintenant la famine c’est fini. Et voilà ce que Jésus leur reproche: Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez. Vous vous êtes rempli le ventre sans vous apercevoir que cela signifiait quelque chose. Les disciples eux-mêmes se sont laissés prendre par l’enthousiasme. Matthieu parle de la tentation au désert, Jean n’y fait aucune allusion. Mais elle est là la tentation. La tentation de régner en mettant en branle des pouvoirs surhumains. Mais comme il est dit dans Matthieu, Jésus la repousse. C’est seulement le jour des rameaux qu’il acceptera l’acclamation populaire mais il faut voir comment. Et à Pilate il dira qu’il est vraiment Roi mais que son Royaume n’est pas de ce monde tel que Pilate le comprend.

Jeudi après Pâques

avril 10, 2013

Jn – 3,31-36

Après ce passage, Jean l’évangéliste prépare le dialogue de Jésus avec la samaritaine en une seconde révélation de la Trinité. La Trinité, source de vie éternelle. Le Fils qui est envoyé répand l’Esprit sans mesure. Pourquoi ? Parce que le Père l’aime et a mis dans sa main le don de tout. Ainsi donc, celui qui s’ouvre au Fils et à sa parole entre dans la nouvelle genèse. Il naît de nouveau en recevant la vie éternelle. Tandis que celui qui refuse de croire attire sur lui la colère de Dieu. Voilà pourquoi Jésus est si sévère pour celui qui déstabilise les simples. Qui les pousse à douter et leur enlève tout point d’appui. La colère de Dieu! Comment Dieu peut-il se mettre en colère. Dieu crée dans un acte d’amour, et le besoin d’être aimé est naturel à la créature. Elle ne peut être heureuse qu’en aimant et en se laissant aimer par quelqu’un capable de l’accueillir telle qu’elle est. Le refus d’être aimée ainsi devient en elle comme une brûlure. Elle est comme un assoiffé qui refuse de boire. Cette brûlure que la créature s’inflige à elle-même, c’est cela que l’on appelle la colère de Dieu. Dieu ne se met pas en colère, il ne se vexe pas il ne punit pas mais son amour refusé interpelle par sa seule existence. Le refus d’un amour absolument désintéressé et qui s’offre en permanence fait naître dans le cœur la honte et la haine. Une honte de plus en plus profonde et une haine de plus en plus violente qui torture leur auteur, cette créature à qui Dieu ouvre les bras et qui refuse de s’y jeter malgré le besoin vital qu’elle a de lui. Tandis qu’au contraire, voici la splendeur de l’homme biblique, de l’homme chrétien, du collaborateur de Dieu. Cet homme n’est pas seulement créature, il est aussi créateur en tant qu’il dit quelque chose du Créateur. Ce verset 32 où Jean parle du Christ peut-être dit de l’homme que Dieu a amené à l’être dans une acte d’amour à partir de son vécu intime. C’est ce qui a fait dire à Paul VI que l’homme est une émanation de Dieu comme l’Eglise est une émanation du Christ Ressuscité. Nous ne sommes pas Dieu mais Dieu a mis en nous quelque chose de Lui. Quelque chose qui fait de nous des créateurs. Voyons ce qui se passe dans notre cœur. Nous sommes l’Eglise chacun est participant de la vie de l’Eglise. Mais si le Christ vit en moi, est-ce que je suis gommé ? Est-ce que je perds ma personnalité et ma liberté ? Au contraire, je puise ma liberté dans la liberté du Christ et ma personnalité grandit au contact de la sienne. Je reste moi, mais en m’unissant à lui, je suis christifié de la tête aux pieds. Je suis donc un visage du Christ vivant aujourd’hui, et cela en communauté avec tous les croyants. De même, je suis collaborateur du Dieu créateur, créant aujourd’hui et qui me crée moi-même à chaque seconde. J’entre dans le dialogue d’adoration de la créature qui se reçoit de Dieu. La prière c’est une prise de conscience du réel et le réel c’est Dieu en train de créer, de me créer et de créer tout ce qui m’entoure. Et dans la prière, j’accueille Dieu qui me crée.

2e Mercredi après Pâques

avril 9, 2013

Jn 3,16-21

En parlant de l’eau et de l’Esprit, Jean fait allusion au baptême chrétien mais il veut parler avant tout d’une action prolongée de l’Esprit. Même avant le baptême ainsi que l’avait éprouvé la famille de Corneille à Césarée. C’est pourquoi Pierre les a baptisés en disant qu’il ne convient pas de refuser le baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint aussi bien que nous. (Ac 10,47) L’Eglise de Jésus Christ est une Eglise inspirée et son rôle est de faciliter la vie dans l’Esprit Saint. Elle est gardienne de l’Esprit Saint dans les cœurs. Et tout cela le dépasse le pauvre Nicodème. C’est une autre logique, alors il demande comment cela peut-il se faire. Jésus lui donne une mauvaise note: « Ça, tu devrais le savoir! Toi qui est maître en Israël tu l’as étudié. Est-ce que l’annonce du renouvellement du Monde par l’Esprit et de l’Alliance nouvelle n’est pas écrite dans les prophéties ? « De nouveau sera répandu sur nous l’Esprit venu d’en haut. Je répandrai mon Esprit sur ta race. » (Is 32,15-18 & 44,3-5) « Je conclurai une alliance nouvelle avec la maison d’Israël » (Jr 31,31) « Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés. »(Ez 36,25) Et l’inspiration vient à Jésus une fois de plus. Il va parler au nom de tous ceux qu’il représente à tous ceux que représente Nicodème. « Amen, Amen! Je te le dis, nous parlons de ce que nous connaissons et vous ne nous croyez pas. Nous disons ce que nous avons vu et vous n’acceptez pas notre témoignage. Et pourtant, c’est à propos des choses de la terre que nous parlons. Alors, lorsque ce sera à propos des choses du ciel comment accepterez-vous ?
Quelles sont ces choses de la terre et quelle différence avec celles du ciel? Les choses de la terre ne sont pas les réalités matérielles. Il s’agit là de la vie de l’homme inspiré par la foi. C’est la liberté, la joie, le dynamisme qui sont dans l’homme né du Souffle de l’Esprit. Voilà les choses de la terre dont parle Jésus. Les choses du ciel c’est ce qui concerne Dieu lui-même c’est l’intimité du Père et du Fils dans l’Esprit Saint ainsi que les réalités des derniers temps.
« Nul n’est monté au ciel. » Jésus s’adresse à toutes les religions qui ont essayé de connaître la divinité c’est à dire de s’unir à elle. C’est Dieu qui a mis ce désir dans les hommes. il ne leur est pas conaturel. Il vient d’en haut. Mais si Dieu a mis dans le cœur de l’homme un tel désir ce n’est pas pour le décevoir. Il est donc descendu lui-même pour nous emmener avec lui.(cf Ps 68,19)
En parlant de l’eau et de l’Esprit, Jean fait allusion au baptême chrétien mais il veut parler avant tout d’une action prolongée de l’Esprit. Même avant le baptême ainsi que l’avait éprouvé la famille de Corneille à Césarée. C’est pourquoi Pierre les a baptisés en disant qu’il ne convient pas de refuser le baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint aussi bien que nous. (Ac 10,47) L’Eglise de Jésus Christ est une Eglise inspirée et son rôle est de faciliter la vie dans l’Esprit Saint. Elle est gardienne de l’Esprit Saint dans les cœurs. Et tout cela le dépasse le pauvre Nicodème. C’est une autre logique, alors il demande comment cela peut-il se faire. Jésus lui donne une mauvaise note: « Ça, tu devrais le savoir! Toi qui es maître en Israël tu l’as étudié. Est-ce que l’annonce du renouvellement du Monde par l’Esprit et de l’Alliance nouvelle n’est pas écrite dans les prophéties ? « De nouveau sera répandu sur nous l’Esprit venu d’en haut. Je répandrai mon Esprit sur ta race. » (Is 32,15-18 & 44,3-5) « Je conclurai une alliance nouvelle avec la maison d’Israël » (Jr 31,31) « Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés. »(Ez 36,25) Et l’inspiration vient à Jésus une fois de plus. Il va parler au nom de tous ceux qu’il représente à tous ceux que représente Nicodème. « Amen, Amen! Je te le dis, nous parlons de ce que nous connaissons et vous ne nous croyez pas. Nous disons ce que nous avons vu et vous n’acceptez pas notre témoignage. Et pourtant, c’est à propos des choses de la terre que nous parlons. Alors, lorsque ce sera à propos des choses du ciel comment accepterez-vous ?
Quelles sont ces choses de la terre et quelle différence avec celles du ciel? Les choses de la terre ne sont pas les réalités matérielles. Il s’agit là de la vie de l’homme inspiré par la foi. C’est la liberté, la joie, le dynamisme qui sont dans l’homme né du Souffle de l’Esprit. Voilà les choses de la terre dont parle Jésus. Les choses du ciel c’est ce qui concerne Dieu lui-même c’est l’intimité du Père et du Fils dans l’Esprit Saint ainsi que les réalités des derniers temps.
« Nul n’est monté au ciel. » Jésus s’adresse à toutes les religions qui ont essayé de connaître la divinité c’est à dire de s’unir à elle. C’est Dieu qui a mis ce désir dans les hommes. il ne leur est pas co – naturel. Il vient d’en haut. Mais si Dieu a mis dans le cœur de l’homme un tel désir ce n’est pas pour le décevoir. Il est donc descendu lui-même pour nous emmener avec lui.(cf Ps 68,19)