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St François et le mystère de la vivante Trinité.

octobre 8, 2011

         La Trinité est une caractéristique du Christianisme. Matthieu termine son évangile par l’envoi des apôtres pour baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.    Depuis le IIe siècle la doctrine est bien intégrée.  Et sans la foi au mystère de la Sainte Trinité, sans l’adhésion à cette réalité d’un Dieu Unique en trois personnes on ne peut pas être chrétien, on est seulement déiste. Si on sépare Jésus du Père et de l’Esprit il devient vite un grand frère. Quant à l’Esprit, s’il est séparé du Père et du Fils, on est vite conduit à l’illuminisme. Mais le mystère de la  Sainte Trinité, il est impossible  même de l’imaginer s’il ne nous est pas révélé..

La place de la Sainte Trinité dans la vie de François. 

         Comment François a-t-il été conduit à la contemplation de ce mystère ?    Il y a été conduit par une approche existentielle de Quelqu’un à qui il s’est donné. Il est devant Dieu comme un enfant qui ne sait pas définir l’Amour mais qui  le vit. Sa spiritualité est trinitaire. Il suit le Christ pauvre mais il dépasse cette vision pour adorer « le Très Haut Fils de Dieu » venu pauvre  en ce monde pour nous enrichir de sa pauvreté (2 Co 8,9). Toute l’Histoire de la Révélation et du salut est contenue dans ces paroles.    François conduit sa symphonie sur la Trinité en trois mouvements.         « Tout d’abord  il remercie le Père, Celui de qui tout vient et qui n’a pas d’autre source que Lui-même: « Père, nous te rendons grâce. »           François se met donc en présence du Père. Dieu est Dieu et la Création est l’œuvre de sa Sainte Volonté. Son chant est le chant du Fils, un chant de reconnaissance. « Nous te rendons grâce » François prie toujours au pluriel.            Il contemple d’abord la Création. Aucune trace chez François du dualisme manichéen. La matière, comme tout ce qui existe, est l’œuvre  du Créateur. Et elle est bonne parce qu’elle sort de Dieu qui est bon.          « Nous te rendons grâce, car c’est par ton Fils que tu nous a créés, et c’est encore par Lui que tu a voulu nous racheter. »  François voit dans Jésus le Dieu créateur. Et pourtant il voit en lui un homme, un vrai homme, un homme parfait, plus homme que tout autre homme,. Sa foi est parfaitement équilibrée.  Et François continue. Cet homme, Jésus, reviendra dans la gloire  pour dire : Venez les bénis de mon Père. (Mt 25, 34)          Dans la vivante Trinité, François contemple une volonté de vie, un amour infini qui est source de vie. Bien que l’on attribue la Création au Père, la Rédemption au Fils, la sanctification à l’Esprit, c’est la Trinité toute entière qui crée, rachète, et sanctifie. Ce sont les trois personnes toutes ensemble qui se penchent avec tendresse sur la créature. Nous n’avons qu’un seul Dieu, bien que ce Dieu soit pour nous toute une famille. Il est l’Unique.          Pour François toute la Trinité est un chant d’amour. Il a consacré sa vie à faire aimer cette vivante Trinité. Il vit avec elle dans une contemplation continuelle. Il voit les trois personnes divines agir ensemble et prendre l’initiative de la nouvelle création.            L’Esprit, il le reconnaît comme la mémoire vivante de l’Eglise qui garde et qui éclaire la parole du Fils. Mais l’Esprit n’agit pas seul car il est l’Esprit du Père et du Fils, il procède du Père par le Fils qui l’envoie.

            Cette Trinité est une présence une et multiple qui déborde de vie, et qui continue, à travers les sacrements, de faire vivre de plus en plus intensément ceux à qui elle a donné la vie. Les sacrements, François les vit tous comme une action conjointe des trois personnes.

Une vie vouée à la Trinité.

          La première admonition fait mention des trois personnes. Toute l’existence évangélique de François fait référence au Dieu trinitaire. Quand il ouvre trois fois l’Evangile ce n’est pas un acte magique, c’est une démarche de foi.   Au Sultan, il prêche Dieu-Trinité et Jésus, Sauveur du monde.  Il demande aux frères missionnaires de prêcher le Dieu Trine, d’adorer le Dieu tout puissant dans sa Trinité et son unité.               A la fin de sa Règle il consacre un long passage en action de grâce à la Sainte Trinité. Et voici ce passage  dans le style unique et inimitable qui est la signature même de François.               « Partout, en tous lieu, à toute heure, en tout temps, chaque jour et sans discontinuer, tous croyons d’une foi véritable et humble. Gardons dans notre cœur, aimons, honorons, adorons, servons, louons et bénissons, glorifions et sur exaltons, magnifions et remercions le Très Haut et  Souverain Dieu éternel, Trinité et Unité, Père, Fils, et Saint Esprit. Créateur de toutes choses, Sauveur de tous ceux qui mettent en lui leur foi, leur espérance et leur amour. Lui qui est sans commencement et sans fin, immuable, invisible, inénarrable, ineffable, incompréhensible, impénétrable, béni, louable, glorieux, sur exalté, sublime, élevé, doux, aimable, délectable et désirable plus que toutes choses dans les siècles des siècles. » (1èreRègle 23,32-34)             C’est la Première Règle, elle se termine comme elle a commencé, par l’invocation à la Trinité. Et tout franciscain doit conduire sa vie selon cette théologie trinitaire.

 La mission de Jésus, œuvre de la Trinité.  

         La mission chrétienne s’enracine dans le mystère de la vivante Trinité, car la mission de Jésus est aussi l’œuvre de la Trinité. Lorsque Jésus tressaille de joie, c’est dans l’Esprit Saint qu’il tressaille et il s’écrie : « Père, je te bénis. » C’est également au Père qu’il s’adresse avant sa passion quand il prie pour ses apôtres en disant : « Que le monde reconnaisse que tu les as aimés comme tu m’as aimé. »          La mission de François s’enracine dans cette contemplation. Il a bien conscience d’avoir reçu une mission à ce sujet. La mission de proclamer le Dieu – Amour, le Dieu trinitaire, le Dieu – Famille. Trois personnes totalement différentes mais qui s’aiment à un point tel, qu’à toutes trois elles ne sont qu’un seul Dieu.             François est convaincu d’avoir la mission de manifester le Nom du Père. Il a conçu toute sa vie de chrétien sous le signe de la Trinité. Peut-être ne s’en est-il pas aperçu, mais d’autres s’en sont aperçus pour lui, sa vie de converti a commencé sous le signe de la Trinité :          Il répare 3 églises, il fonde 3 ordres  (St Bon.)          François a perçu l’identité profonde de l’homme à travers la vie relationnelle de la Trinité. Il y a relation entre la vie des gens entre eux, la vie en communauté par exemple, et l’intimité qui règne dans la Famille Trinitaire. Quand les hommes s’aimeront les uns les autres à l’image des Trois Personnes divines entre elles,  la terre sera un paradis, parce que tous seront un.             Comme le Père et le Fils sont un dans un même Esprit, ainsi les hommes seront-ils un dans un même amour. 

François, apôtre de la Trinit

Dans son enthousiasme, François veut que tous les hommes mais surtout ses frères aient la même attitude que lui devant leur Dieu. « Et ceux qui feront toutes ces choses, dit-il, qu’ils soient bénis par le Père, le Fils et le Saint Esprit. »  Dans la contemplation de ce Dieu trinitaire, François perçoit ce qu’il y a en lui de paternel, de matériel et de filial.          Devenir Père c’est être créateur. Devenir Fils c’est apprendre à accueillir. Ainsi, toute relation, pour être créatrice doit être paternelle et filiale. Chaque fois que j’accepte de dépendre de mon prochain ou de lui être solidaire,  j’annonce le Dieu de Jésus Christ.          « Que les frères se manifestent l’un à l’autre leurs besoins, car si une mère aime et nourrit son fils selon la chair à plus forte raison un frère doit-il aimer et nourrir son frère selon l’esprit. » (2e Rg 6,8)          Les relations humaines supposent des hommes et des femmes qui savent à la fois donner et recevoir. Le paternalisme ne fait que des êtres infantilisés. Il en est autrement du partenariat qui, lui, n’est pas étranger au mystère trinitaire.          Les vrais mystiques ont perçu le lien profond entre  la vie chrétienne et la vie dans la Trinité. Seul l’échange conscient et voulu permet de donner et de recevoir sans asservir ni s’aliéner. Notre première  vocation c’est de vivre cet amour qui prend sa source dans le Dieu trinitaire. L’homme est un être relationnel qui ne se construit que dans la relation avec ce Dieu en trois personnes qui s’aiment, qui sont la source de l’homme  et son achèvement.             La plus belle vision de François, c’est la prière qui conclue sa lettre à tout l’Ordre et qui est une des plus belles prière du XIIIe siècle.             La lettre commence ainsi : « Au nom de la souveraine Trinité et de la sainte Unité : Père , Fils, et Saint Esprit. »

         Elle se termine par cette prière :          « Dieu Tout Puissant, éternel, juste et bon, par nous-mêmes nous ne sommes que néant et pauvreté. Mais toi, à cause de toi-même, donne nous d’agir toujours selon ta volonté telle que nous la connaissons, et de vouloir toujours ce qui te plaît. Ainsi nous deviendrons capables, illuminés et embrasés par le feu de ton  Saint Esprit, de suivre les traces de ton Fils, Notre Seigneur Jésus Christ  qui, en Trinité parfaite et très Sainte Unité, vit et règne et reçoit toute gloire, Dieu tout puissant dans les siècles des siècles. Amen. » (Lettre au Chapitre)

 François a une conscience aiguë des limites de l’homme ; il sait que Dieu seul peut combler cet abîme infranchissable qui existe entre le Créateur et la créature, entre Dieu et l’Homme, entre la nature humaine et la nature divine.         Il comble cet abîme lorsque l’homme, par son attitude, le lui permet. Sinon, lorsque son temps d’épreuve sera terminé,  l’homme risque d’entendre la parole que disait Abraham au mauvais riche : « Mon enfant, entre nous et vous, un grand abîme a été fixé. casma mega esthriktai. » (Lc 16,26)          Une fois fixé, il ne peut plus être comblé.            Or la prière, comme l’aumône, comme tout acte de charité, est une attitude qui permet à Dieu de combler cet abîme. Car elle fait naître en l’homme un désir de conformité avec Lui dans l’amour. C’est ainsi que l’abîme qui existe naturellement est surnaturellement comblé, et l’homme peut avoir part à la divinité de Celui qui a pris son humanité. Car si Dieu est devenu homme c’est afin que l’homme puisse, en toute liberté, devenir Dieu. (St Irénée) En devenant la demeure de l’Esprit de Dieu. (1 Co 6,19)      Pour François l’humanité toute entière en chacun de ses membres est destinée à devenir la demeure  de la Trinité Sainte.          C’est un écho de Paul : L’homme est le Temple de la vivante Trinité. (2 Co 6,16) Egalement de Luc, fils spirituel de Paul « Zachée, descend vite. Aujourd’hui il faut que je demeure dans ta maison »  ( Lc 19,5) Lorsque Jésus dit  ‘il faut’ cela fait toujours référence à la volonté du Père qui par son débordement d’amour est source de notre être et nous maintient dans l’être.            Quand l’homme par sa négligence, sa mauvaise volonté prend ses distances avec cette source il devient inconsistant. C’est pourquoi  la seule prière, la seule démarche que Dieu attende de nous, c’est celle qui nous fait participer à ce débordement d’amour  pour devenir cet homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ. (Ep 4,13) 

Une Eglise à l’image du Dieu trinitaire

Certains chrétiens ne voient pas la nécessité d’appartenir à une église. Ils oublient que l’homme est un être de relation parce qu’il est è l’image du Dieu trinitaire.        L’individualisme c’est la négation du mystère de l’homme. Et la vie dans la foi en Dieu Trinité permet d’expérimenter qu’être  ‘un’  ne signifie pas être seul. Nous sommes tous appelés et chacun personnellement,  mais nous sommes tous et chacun membres d’un seul corps. Avec une mission bien personnelle au service de ce Corps.

Différences et complémentarité. 

           Notre Dieu c’est le Dieu du Un par un et Celui du Tous ensemble. Il est bon de purifier sa conception de l’Eglise par la méditation du mystère de la Trinité. C’est grâce au Christ que tous les hommes unis dans l’Esprit ont accès auprès du Père.          La vie ecclésiale est faite d’accueil de diversités. Et dans l’Eglise, les personnes sont toujours plus importantes que les structures. La vivante Trinité est missionnaire, elle est ouverture. Pour Dieu, vivre c’est se donner sans mesure. Quant à lui, il est don, appel, invitation.         Il en est de même pour l’Eglise, elle ne peut être un monde clos. Elle est une présence universelle ouverte à toutes les cultures. Son attention à la diversité manifeste la tendresse de Dieu.         La Bible est un apprentissage de la rencontre de Dieu. La Révélation passe par l’avènement historique dans notre monde de la Parole de Dieu qui s’est incarnée et a pris le nom de Jésus.             L’Eglise ne peut pas échapper à l’Histoire, elle doit actualiser le salut du Père opéré par le Fils dans l’Esprit. La vie trinitaire est source de l’unité de l’Eglise « Qu’ils soient un comme nous. »           Ce n’est donc pas la fusion ni le désordre, c’est la communion. L’Eglise est une communion qui respecte le mystère de chacun.          Et chacun doit pouvoir s’exprimer à la condition de rester dans l’ordre. Des structures, il en faut,  mais elles doivent rendre le dialogue possible. 

L’Eglise à l’image de Dieu.  

         L’Eglise Une doit ainsi témoigner de l’Unité de Dieu et par les relations qui existent entre ses membres, elle doit témoigne de ce qui se vit dans la bienheureuse Trinité. Or le Père est don, le Fils est accueil. Quant au Saint Esprit, lui, il est échange.           La Trinité est une révélation liée à l’Incarnation. Le Fils parle du Père et de l’Esprit. Le témoignage de Jésus est authentifié par les signes que le Père lui donne d’accomplir. Et  lui-même investit ses disciples de l’autorité de Esprit. Ainsi nous ne pouvons pas accueillir Jésus sans être porté par lui vers le Père..         C’est devant le Christ de Saint Damien que François découvre Dieu avec un visage d’homme. Jésus a un visage semblable à celui de ses compatriotes de Nazareth.  Mais il est Notre Seigneur, c’est à dire  notre Dieu. François n’a jamais regardé le Christ en dehors de sa relation filiale avec le Père. Et il admire davantage son obéissance que sa pauvreté car c’est l’obéissance qui fait le Fils.         Parce qu’il est obéissant, Jésus est le Fils bien aimé et c’est dans ce Fils bien aimé que le Père trouve te sa joie. Et pour François il est aussi notre Frère.  « Que c’est chose apaisante et douce que d’avoir un tel frère et un tel Fils qui prie son Père pour nous. »         François ne contemple pas seulement le Seigneur dans sa gloire. Il proclame de toute sa foi bien équilibrée que le Christ Seigneur a voulu se faire Serviteur.. Il est frère, il est homme, il est Serviteur comme il est Dieu Créateur, Rédempteur et Sanctificateur. « Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous avez raison car je le suis… » (Jn 13,13)         François proclame le Christ, homme parfait, contrairement aux hérétiques de son temps comme les cathares qui parlaient d’apparente  humanité.         Quand François invitera ses frères à être serviteurs il parlera de Jésus qui lave les pieds, de Jésus pauvre, jeté sur les routes, sans une pierre pour reposer sa tête.            Et de Jésus pèlerin qui passe vers le Père. Jésus mendiant qui reçoit tout du Père. François veut recevoir sa nourriture des mains du Père comme un mendiant. Il mime ainsi le Christ.         Une autre image, chère à François, c’est celle du Bon Pasteur.         Une autre encore, celle du ver de terre., image du dénuement . vyaiAaolw] t[‘l’/t ykinoa;w] — Le pécheur est nu, et Jésus a voulu être dénudé lui aussi sur la croix.         Pour François il est évident que Dieu est Père. Il ne peut-être nommé, il est le Souverain Dieu, l’Incompréhensible, etc., etc. Et c’est un Dieu qui ne veut pas éblouir l’Homme et quand il se laisse voir, c’est de dos.         Deux prières de François nous laissent un résumé de sa doctrine. Pour lui, Dieu est le Père Céleste mais surtout le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, le Fils bien-aimé. 

Prière de François. 

         Abba !  Ce mot a impressionné les disciples qui l’ont conservé tel quel, en araméen, dans leur texte. François a parié tout son avenir sur la paternité de Dieu, il n’a pas assez de mots pour décrire cette paternité. Il dit miséricorde, tendresse, notre Créateur, notre Sauveur, etc.         Le Père est vie, il est débordement de vie. Et la Création est le premier motif de l’action de grâce de François. Il prêche à toutes les créatures, les invitant à louer la gratuité de l’acte créateur. Et cette Création est continue. « Il nous a déjà fait et continue de nous faire que du bien. »          Le vouloir de Dieu est aussi indispensable à l’homme que l’air qu’il respire.. François ne fait jamais de la Création un acte isolé de l’Histoire du salut. Il invite même les frères malades   à louer Dieu pour ce qui leur arrive.          La Création se révèle sans cesse à l’homme pour le conduire  à Dieu. Notre Père est donc à la fois notre Créateur, Rédempteur, Sauveur, Consolateur, etc. François exprime ainsi la paternité vigilante de Dieu          La vision de Dieu par François. Il est fort, lui qui fait des merveilles. C’est un verbe au présent qui montre que François ne contemple Dieu qu’à travers la médiation du Christ incarné. Beauté, douceur,  patience,  justice sont les qualités .du Christ          C’est en contemplant le Christ que François reconnaît le Père.          Chez François la transcendance n’est jamais écrasante. Il contemple l’abaissement du christ dans le pain eucharistique.         Il a l’habitude orientale de parler de Dieu avec l’énumération  litanique, il ne l’enferme pas dans une définition. Mais surtout Dieu est pour François le père, c’est un Dieu personnel et non pas le Grand Tout.          Comme Abraham, nous avons à marcher vers lui. « Je suis El Chaddaï marche en ma présence et sois parfait. Cela veut dire : « Essai d’être cohérent avec ce que je suis et ce que tu es. » 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

 

 

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4 octobre St François d’Assise

octobre 4, 2011

           « Ne te laisse pas vaincre par le mal mais sois vainqueur du mal en faisant le bien. »   La fin du XIIe  siècle était assez terrible en Europe. Le mal dominait ou semblait dominer partout. Deux cents ans plus tôt, les chrétiens s’étaient mobilisés pour reconquérir la Terre Sainte que les musulmans avaient envahie. Mais la soif de conquête l’a vite emporté sur la ferveur religieuse. Et les croisés sont devenus des guerriers comme les autres. L’Eglise elle-même était empoisonnée par l’esprit de domination, de lucre. Elle était à l’apogée de sa puissance humaine et au bord de la ruine spirituelle. Les catholiques quittaient l’Eglise et devenaient cathares. Pour vivre l’Evangile disaient-ils. Il est vrai que les cathares étaient très austères. C’est alors que Dieu suscita un jeune homme. Il n’était ni noble, ni savant. C’était seulement le fils d’un riche commerçant, et il s’appelait Francesco, ce qui signifie dans l’italien de son temps : Le petit français. Ce Francesco était riche. Après quelques années folles, le voici qui part en guerre soi-disant pour défendre les intérêts du Pape, mais surtout pour devenir noble. Cela ne plaît pas à Jésus qui l’arrête dès la première étape. La fièvre le cloue sur son lit. Puis il s’endort. Il tombe dans un profond sommeil pendant lequel il a un songe. Au cours de ce songe il s’entend donner un ordre :   « Retourne au pays qui t’a vu naître. »  C’était un ordre terrible. Comme soldat, il allait être déshonoré ! Mais François était amoureux de Celui qu’il avait entendu. Et quand on est amoureux, tout devient facile. Il a compris que pour vaincre la violence, ce n’était pas en pratiquant la violence qu’on y parviendrait.  Il fallait une autre force, autre que celle du guerrier et bien plus puissante.  Cette force, François l’a acquise par la fréquentation intime de Celui qui lui avait fait quitter l’armée. Si bien qu’il est parvenu à cette force d’âme qui lui faisait dire : « Nous devons être soumis à tous. Et même aux bêtes sauvages qui pourront faire de nous ce qu’elles voudront. Dans la mesure où Dieu le leur permettra. »  Et François s’est mis à prêcher la paix. Il rayonnait la paix et la prêchait plus encore par son attitude que par ses paroles. Un jour, un évêque français,  Jacques de Vitry, assistait à un discours de François donné sur la place publique dans un ville d’Italie. Le thème du discours c’était : ‘Les anges, les démons, les hommes.’ Concrètement, il donnait des conseils pour vivre en paix. Personne n’était oublié, ni les nobles, ni le clergé, ni les bourgeois, ni les petites gens. Il ne s’agissait pas d’une paix où le plus fort domine pendant que les plus faibles se taisent, Il s’agissait d’un climat où nul n’est lésé. La recherche de la paix dans la justice a toujours été le grand souci de François. Après le concile de 1214, le Pape lui a demandé d’envoyer quelques uns de ses frères pour prêcher la Croisade. François refuse absolument mais il part lui-même avec quelques frères jusqu’à Damiette. Il loge dans le camp des croisés et là, par charité comme pour gagner sa nourriture,  il devient infirmier.   Puis il part avec un frère en direction de la ville assiégée. Ils sont tous les deux pieds nus, tête nue, mains nues. Et ils chantent un psaume de confiance.  Arrivés près de la ville, ils sont vus enfin, arrêtés, ligotés, brutalisés. Mais quand ils sont conduits vers le Sultan celui-ci les reçoit avec grande courtoisie. Il leur fait donner à boire, à manger et les écoute. Il était à peu près de l’âge de François et s’appelait Malîk el Kamîl.. Les frères restent chez lui pendant quelques jours où ils sont traités comme des ambassadeurs. Puis ils s’en vont en laissant un Sultan toujours musulman mais qui était devenu un ami de François et de Jésus.   Mission accomplie, François est revenu en Italie où sa communauté de frères avait un besoin urgent de sa visite. C’est à cause de la Règle et de la manière de l’observer que les premiers franciscains étaient en guerre les uns contre les autres. François en a beaucoup souffert. Il a fallu sa douceur, son entêtement et l’intervention de Jésus en personne pour que l’ensemble  accepte cette Règle. Puis vient la fin. Les maladies contractées en Afrique ont eu raison de la santé de François.  Il va mourir, mais auparavant, il recommande trois choses : La Fidélité à l’Eglise,  la Pauvreté, et la Paix. Puis après une dernière bénédiction aux frères qui l’entourent et à tout son Ordre, il rejoint le Prince de la Paix. Lorsque François est venu au monde et longtemps après, il y avait autant de cathares en Italie qu’en France.  Mais en France, leur présence à donné lieu à des guerres et des massacres, en Italie pas du tout. Les italiens se sont vite aperçu que pour vivre l’Evangile en vérité, il n’y avait pas besoin de quitter l’Eglise, il suffisait d’entrer dans une des trois familles fondées par François. Et c’est ainsi que les cathares ont disparu d’Italie peu à peu. « Comme disparaissent les oiseaux de nuit lorsque l’horizon blanchit et que le soleil se lève enfin. » (cf Eloi Leclerc)   Frère André Marthouret, capucin