2e Vendredi de P

Jn 6,1-15
Nous allons vivre la lecture du quatrième signe dans l’Evangile de Jean. On peut appeler cela une étude mais ce n’est pas seulement une démarche au niveau intellectuel. Il faut évidement laisser agir son intelligence intellective, rechercher aussi exactement que possible ce que dit le texte et pour cela se soumettre aux règles d’une science honnête. Et avoir l’humilité d’apprendre ces règles. Mais ce ne sont pas seulement des paroles que nous étudions, c’est La Parole et la Parole c’est la personne de Jésus lui-même avec qui nous faisons connaissance. Les synoptiques font découvrir Jésus peu à peu à la manière dont les apôtres l’ont découvert. C’est pourquoi vingt ans après la Résurrection du Maître ils décrivent leur cheminement depuis le premier appel jusqu’au moment où la vérité leur devient évidente. Cette vérité c’est que Jésus est le Verbe de Dieu, il est l’Emmanuel. Il est le Fils de l’Homme annoncé par Daniel, il est l’accomplissement des promesses faites à Israël. Quant à Jean il écrit à une église qui chemine depuis bientôt soixante dix ans, son évangile est une catéchèse pour une chrétienté qui connaît l’essentiel de la vie de Jésus. Il les fait entrer en contemplation devant cet essentiel que lui-même a contemplé tout au long d’une longue vie. Le chapitre 6 nous fait revenir avec Jésus en Galilée. C’est là qu’il va opérer un quatrième signe. A propos de ce signe de la multiplication des pains, Jean veut faire ressortir la générosité de Dieu. Un générosité absolue qui ne se contente pas de remplir le ventre des affamés mais qui tient à leur donner plus qu’ils ne peuvent manger. Les disciples deviennent de plus en plus nombreux, les gens viennent en foule de tous les cotés, attirés qu’ils sont par ses miracles. Si bien que lors des discussions pour savoir si Jésus est bien le Messie, certains diront: « Quand le Messie viendra est-ce qu’il fera plus de signes que celui-ci ? » (7,31) Jean montre ainsi qu’il est au courant des nombreux miracles accomplis par Jésus, mais lui-même n’en choisit que sept, ceux dont il a besoin pour illustrer l’enseignement qu’il rapporte et pour montrer la nouveauté de cet enseignement qui consiste plutôt dans l’incarnation et l’accomplissement que dans les discours. Les discours accompagnent les actes, ils en donnent la signification. Comment Jésus guérit-il les malades ? Par son rayonnement. Si vous voulez un corps sain il faut une âme saine. Et qu’est ce qu’une âme saine ? C’est une âme pleine de l’Esprit Saint. Et en Jésus il y a tant d’Esprit Saint, ça brûle tellement en lui qu’il en sort une sanation. Mais Jésus a suffisamment d’équilibre pour ne pas se dissiper. Et lorsqu’il voit que les gens se laissent trop attirer par les bienfaits temporels qu’il distribue avec générosité, il s’enfuit. On lui court après, il monte à la montagne, il va dans les lieux déserts. Dans la Bible, la montagne a une signification religieuse et Jésus y accomplit plusieurs actions qui manifestent sa mission. Par exemple le Sermon sur la Montagne, (Mt 5,1-12) La Transfiguration, (Mt 17,1-8 et parallèles) Jean est le seul avec Matthieu à situer sur la Montagne la multiplication des pains. La multiplication des pains est donc un geste par lequel Jésus se révèle. En distribuant le pain et les poissons, Jésus réalise la promesse du festin des derniers temps servi par Dieu sur la montagne. « Yahweh prépare pour tous les peuples un festin de viandes grasses et de bons vins. Des viandes grasses, juteuses et des vins clarifiés. Il fera disparaître le voile de deuil qui voilait les peuples et le suaire qui enveloppait les nations. » (Is 25,6-7) Jésus s’assied. Derrière cette foule de fidèles et de disciples, il contemple la caravane des hommes de tous pays. Des hommes à le recherche d’une nourriture et d’un chef capable de la leur montrer. Il sait qu’ils ont besoin de travail et de pain et de beaucoup plus encore. Il leur en donnera du pain mais il veut faire naître en eux le désir d’une autre nourriture. D’une nourriture qui renverse le courant mortel de l’existence et conduit à travailler à la vraie vie. Cette nourriture répond à la faim qui est la raison d’être du pain et du travail. C’est la faim de se donner soi-même à manger à ceux qu’on aime. Telle est la nourriture et le travail que le Père offre par son Fils. La Fête de Pâques était proche. Voilà une précision intéressante du point de vue chronologique, mais surtout théologique. Car les synoptiques situent dans le cadre de la Pâques l’institution de l’Eucharistie. Et le discours où Jésus s’appelle lui-même le pain vivant, Jean le situe à proximité de la Pâques. Le discours ne viendra qu’après. Jésus pose d’abord un geste significatif, il donne à manger. Mais il veut que ce geste soit bien compris; il demande à Philippe, « pour l’éprouver »: Où trouverons-nous du pain ? Philippe reconnaît que cela dépasse leurs possibilités à tous, alors Jésus ordonne: Faites les asseoir. « Il y avait beaucoup d’herbe verte en cet endroit. » Jean ne donne pas de précision sans nécessité. Or voici que l’herbe verte est un des signes de l’espérance messianique. C’est l’abondance dont parle le psaume 72 dédié au roi Salomon mais qui est un portrait anticipé du roi messianique, le Roi qui préside à l’abondance. Voici qu’André entre en scène. André et Philippe sont souvent associés dans l’Evangile de Jean. Un peu avant la Passion, lorsque les grecs vont trouver Philippe, Philippe va chercher André et tous deux vont vers Jésus. André vient donc dire qu’il y a là un garçon avec cinq pains d’orge et deux petits poissons. Jean est le seul à parler de ce jeune homme et il donne un autre détail, c’est celui des pains d’orge. Cela se passe comme pour le miracle d’Elisée. « Un homme vint et apporta à l’homme de Dieu vingt pains d’orge et du grain frais en épis. Elisée ordonna: « Offre cela aux gens et qu’ils mangent. » Son serviteur lui dit: « Comment donnerai-je cela à 100 personnes. Elisée répondit: « Offre le leur car ainsi parle Yahweh , on mangera et il y en aura de reste. » On le leur servit donc et ils mangèrent et il y en eut de reste.(2 R 4,42-44) Jésus prit donc les cinq pains et les deux petits poissons, tout ce qui constituait le repas de l’enfant. Il y en avait assez pour le rassasier lui, et voilà qu’il donne tout à Jésus, sans rien garder! Du coup, il y en a assez pour tous. Jésus rend grâces et quelle est son action de grâces ? Prendre les pains, rendre grâces et distribuer ce sont les gestes de la Liturgie juive qui passeront à la Liturgie chrétienne. Il rend grâce au Père d’avoir donné à l’enfant un cœur aussi généreux. Puis il fait distribuer ce qui lui a été donné. Comme cela s’est passé avec Elisée, l’entourage de Jésus prend une part active au signe réalisé. L’enfant et les disciples sont associés à son œuvre de salut et à l’enseignement qui va en découler. Cet enseignement c’est que le Dieu d’Israël est le Dieu du partage. Il veut tout donner mais il veut aussi qu’Israël, en la personne de ce gamin, apporte tout ce qu’il a. On a voulu réduire ce miracle à un simple bon exemple donné par l’enfant d’abord et par Jésus ensuite. Le pain et le poisson serait alors sorti des sacs comme par enchantement. Les gens seraient tout à coup devenus généreux. Pourquoi n’y aurait-il pas eu multiplication des pains ? Cela n’empêche pas qu’il y ait eu le signe des signes. Et le signe des signes c’est que quelqu’un a commencé et que la merveille de l’amitié s’est communiquée. Et le bienfait matériel fait désigner Jésus comme Roi. Avec un roi comme celui-ci on ne manquera de rien. Et ils voulaient l’enlever. Ils ne comprennent pas le sens de sa mission, ils ne voient que ce qui tombe sous leurs yeux. A Cana, ils se sont contentés de boire, ici ils se contentent de manger. Et de penser que maintenant la famine c’est fini. Et voilà ce que Jésus leur reproche: Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez. Vous vous êtes rempli le ventre sans vous apercevoir que cela signifiait quelque chose. Les disciples eux-mêmes se sont laissés prendre par l’enthousiasme. Matthieu parle de la tentation au désert, Jean n’y fait aucune allusion. Mais elle est là la tentation. La tentation de régner en mettant en branle des pouvoirs surhumains. Mais comme il est dit dans Matthieu, Jésus la repousse. C’est seulement le jour des rameaux qu’il acceptera l’acclamation populaire mais il faut voir comment. Et à Pilate il dira qu’il est vraiment Roi mais que son Royaume n’est pas de ce monde tel que Pilate le comprend.

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