5e dim P

avril 27, 2013

Ac 14,21-27 ; Ps 144 ; Ap 21,1-5 ; Jn 13,31-35

Ce passage des actes montre la manière intelligente et courageuse dont Paul conduit son apostolat. Avec Barnabé, il est d’abord allé à Antioche dans la montagne de Turquie, où il a enthousiasmé les foules en leur parlant du salut par Jésus proclamé Messie et fils de Dieu. C’est ce que les grecs et les juifs de la diaspora attendaient en sachant que c’était pour bientôt. Et ce ne fut pas sans susciter une violente jalousie chez les juifs intégristes et racistes. Paul prêche mais ne demeure pas longtemps dans la ville où il a prêché. C’est la manière de Jésus, à qui on dit « Tout le monde te cherche » et qui répond : « Allons ailleurs ». Avec Barnabé, ils sont descendus à Lystre où Paul guérit un infirme. Les grecs le prennent pour un dieu et veulent lui offrir un sacrifice. Il les en empêche à grand peine. « Nous ne sommes pas des dieux. Il n’y a qu’un seul Dieu ! » Ils mécontentent ainsi le peuple et à ce moment, les juifs jaloux arrivés d’Antioche, suscitent une émeute. Paul est battu, jeté à terre et lapidé. On le traîne hors de la ville en le laissant pour mort. Des disciples viennent pour le prendre et l’emporter, mais Paul se relève seul, et il revient en ville avec eux. Le lendemain, après avoir été frappé à en mourir, il reprend la route à pieds et s’en va à Derbé, au Sud, puis il revient à Antioche dans la montagne par la voie romaine. Et pourtant c’est à Antioche, comme à Lystre, que demeuraient ses pires ennemis, prêts à ramasser d’autres cailloux. Paul raffermit le cœur des nouveaux disciples davantage encore par son exemple que par sa parole. Il leur demande de persévérer dans la foi, c’est à dire de témoigner par une vie sans reproche. Il avait vraiment le droit de parler, de dire que la souffrance fait partie de la vie chrétienne. Comme Jésus encore, il choisit des collaborateurs dans chaque ville, leur impose les mains après un temps de prière et de jeûne. Il les appelle « anciens » (presbytéroï). Ce qui a donné le mot « prêtres ». Il les choisit parmi les hommes d’expérience, de bon sens, de bon exemple et instruits. Les églises mises en route, la hiérarchie installée, ils reprennent le bateau, et quelques jours plus tard arrivent à Antioche de Syrie, et là ils rendent compte de leur travail missionnaire. Les chrétiens rendent grâce au Seigneur qui est tendresse et pitié, qui est toute bonté envers les hommes qu’il n’a créés que pour les rendre heureux. Béni soit son Règne car le Règne de Dieu c’est la création d’un ciel nouveau, d’une terre nouvelle. C’est ce qui apparaît à Jean dans sa vision. Le monde ancien a disparu, il y a maintenant un monde tout à fait neuf où la mer n’a pas de place. La mer, pour les anciens sémites, était le refuge des puissances mauvaises, un lieu tout à fait effrayant pour Israël. Puis Jean termine son tableau : Je vis alors descendre du ciel la Cité Sainte. L’Eglise, mais pas l’Eglise en marche, l’Eglise arrivée, l’Eglise qui après avoir été éprouvée, purifiée, est maintenant prête à s’installer pour toujours auprès de son époux qui sera « Dieu avec eux » (Théos mèt’ avtôn). Et les épreuves terminées, plus de mort, plus de deuil, toute larme sera essuyée. Et l’Ange dit à Jean : « Ecris cela car ces paroles sont véridiques. » Mais auparavant, il y a des moments terribles à passer, et les épreuves de l’Eglise, celles de Paul, c’est Jésus qui les a inaugurées. Tout a commencé avec Judas qui les quitte. Dès qu’il sort c’est tout le processus de la Passion qui est engagé. Jésus a fait tout ce qu’il a pu pour le retenir. Il lui a lavé les pieds, il l’a installé tout près de lui à table. Assez près pour lui tendre la bouchée sans avoir besoin de se lever. Et tendre la bouchée à un invité c’était lui faire honneur devant tout le monde. En invitant Judas à sortir, Jésus lui donnait la possibilité de prendre l’air, retourner chez lui et ne pas commettre son crime. Mais comme dit Saint Jean ‘il faisait nuit’, nuit dans le cœur de Judas. Parce que Judas avait mangé la bouchée de l’amitié avec un cœur de traître. Dès qu’il fut sorti, Jésus dit une parole mystérieuse. « Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié ! Et Dieu est glorifié en lui. Et si Dieu est glorifié en lui, il le glorifiera lui aussi et il le glorifiera bientôt. » Comme si Jésus disait : J’ai totalement échoué avec Judas. Mais je ne pouvais rien contre sa liberté. Cependant, mon chemin de gloire sera de montrer au monde combien j’aime le Père qui m’a envoyé pour révéler aux hommes combien Dieu les aime. Jésus sait qu’il est trahi et qu’il va être arrêté. Mais il refuse de s’enfuir, bien que ce soit facile. Il n’a pas pu persuader les hommes de son amour pour eux mais sa Passion comme la manière dont il la vivra seront plus éloquentes que des paroles. Et le Père sera glorifié par son obéissance. Il a mérité cette gloire par la manière dont il est mort en priant pour ses ennemis. C’est la nouvelle Loi. Pas plus facile que l’ancienne. L’amour inconditionnel est un acte divin. Il n’est possible que si l’on adhère totalement à Jésus qui seul est capable d’aimer de cette façon. Si vous n’aimez que ceux qui vous aiment que faites vous d’extraordinaire ? Jésus nous demande d’aimer à la manière du Créateur. D’un amour que le monde regarde comme une folie mais qui est seul capable d’amener au jour la Nouvelle Création dont nous avons soif.

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4e Vendredi de P

avril 26, 2013

Jn 14,1-6.

Jésus ne veut pas d’inquiétude chez les siens. Il ne nie pas que ce qu’ils vivent en ce moment soit dramatique. Mais il leur demande d’avoir confiance en lui. « Ne soyez pas bouleversés ».
Littéralement: « Ne frémissez pas d’indignation. » Mè tarassesthô Pourtant lui aussi avait frémi d’indignation à la pensée de Judas. Et c’est le verbe que Jean met dans la bouche de Jésus pour encourager ses disciples. Il faut que cela arrive. Je vais préparer à chacun sa place et je reviendrai. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père ». Ces paroles peuvent être entendues de deux manières. D’abord c’est très grand. .Il y aura de la place pour tout le monde. Et puis chacun s’y sentira bien chez soi. cette maison promise c’est l’intimité avec le Père, et le Père a une relation spéciale avec chacun. Chacun est unique pour le Père. ‘‘Vous croyez en Dieu. Croyez aussi en moi .’’ Cela peut-être mis en parallèle avec « Le Père et moi nous sommes un ». Si Jésus n’était pas Dieu il ne pourrait pas dire « Croyez en moi  » Surtout à des juifs très pointilleux en la matière. Il connaissent Jérémie qui disait: « Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s’écarte du Seigneur. Il est comme le chardon dans la steppe… » (Jr 17,5) Comment Jésus va-t-il leur préparer une place ? D’abord au Calvaire. Devant le spectacle qu’il va donner ils auront un choix à faire. Ils auront à se souvenir des paroles de Jésus: « Ne frémissez pas d’indignation.  »
Ne vous révoltez pas mais croyez en moi. Bienheureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute, c’est à dire de désespoir et de révolte contre Dieu. Même quand vous me verrez cloué sur la croix, ayez confiance en moi. J’ai vaincu le monde et c’est par ma croix que ce monde de refus sera vaincu. Puis ensuite lorsqu’il reviendra dans sa gloire pour les prendre eux aussi. « J’ai écrit ton nom sur la paume de mes mains. » (Is 49,16) Et cette parole d’Isaïe vient tout de suite après cette autre « Même si une femme oublie son petit enfant, moi je ne t’oublierai pas. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que Dieu a toujours rêvé que je sois son fils, et que je jouisse de tous mes droits de fils. Voilà pourquoi Jésus dit qu’il viendra les prendre avec lui. Il s’agit bien de la Parousie. « En effet, le Fils de l’Homme viendra dans la gloire de son Père avec ses anges et il rendra à chacun selon sa conduite ». (Mt 16,27) « Car Lui-même… descendra du ciel… après quoi… nous serons avec le Seigneur pour toujours. Réconfortez vous les uns les autres de ces pensées. » (1 Th 4,16-18) « Ainsi donc demeurez en lui pour que … nous n’ayons point de honte de nous trouver loin de lui à son avènement. » (1 Jn 2,28) Ainsi donc les synoptiques, Paul; et Jean sont d’accord pour affirmer le retour en gloire de Jésus à la fin du monde. Enfin, et c’est ce à quoi Jean dans son épître fait allusion, il s’agit aussi de la ressemblance de ce monde avec Jésus qui offre sa vie et le serviteur qui renonce à lui-même pour le suivre. Il s’agit de l’union intime avec Jésus dès ce monde dans l’acte de foi.
Ce n’est pas après ma mort que Dieu veut que je sois son fils, c’est tout de suite. il veut que dès maintenant je sois en Jésus, que je ne fasse qu’un avec Jésus son Fils unique. Voilà ce que la suite signifie: « Pour aller là où je m’en vais vous en savez le chemin ». Les apôtres, comme tous les juifs, ont entendu parler du chemin pour aller à Dieu, la Thorah, ils ont médité l’Exode et beaucoup sont parvenus à la conclusion que le voyage accompli de l’Egypte en Canaan est une image de notre vie qui est un voyage du monde vers le Royaume de Dieu. Mais Jésus leur a appris à substituer au chemin de la Loi le chemin de la Foi en lui. « Je suis le Chemin,  » cela signifie « Je suis la Loi, je suis la Thorah ». Mais l’impulsif Thomas intervient: « Pour savoir le Chemin il faudrait d’abord savoir où tu vas. » Jésus a l’art de se servir de toutes les interruptions apparemment malencontreuses. et quand il répond: Le Chemin c’est moi, il ne s’agit pas du déplacement d’un lieu à un autre mais d’une manière d’entrer dans l’intimité du Père. « Nul ne va au Père que par moi ».

4e Jeudi

avril 24, 2013

Marc 16,15-20.

On pense que cette dernière partie est un ajout du IIe siècle. Elle se présente comme un résumé de passages pris dans les autres évangélistes. On reconnaît l’épisode de Marie Madeleine. C’est Jean qui en fait l’envoyée aux envoyés. Les sept démons chassés signifient qu’elle a été entièrement purifiée, le nombre sept représente la plénitude. Sa conversion à Jésus a donc été totale, elle s’est donnée à lui de tout son cœur, de toute son âme, de toute ses forces, ainsi que le demande le Deutéronome. Quant aux deux disciples qui s’étaient enfuis à la campagne, Ils ressemblent comme des jumeaux aux disciples d’Emmaüs dont parle Saint Luc. Puis Enfin, dans l’épisode des disciples à table lors de l’apparition. On reconnaît la griffe de Saint Matthieu. Alors pourquoi cet ajout à l’évangile de Marc qui avait versé son sang pour le Christ et l’évangile peut-être 50 ans auparavant. Il me semble que l’église de Rome a voulu mettre une note moins tragique à ce livre qui a été écrit pour elle. Elle est dure la manière dont Marc le termine. « Après avoir vu le tombeau vide, les femmes s’enfuirent et ne dirent rien à personne car elles avaient peur. Point final.
Alors l’Eglise a voulu ajouter quelque chose de très important. D’abord que Jésus Ressuscité domine toute la Création c’est pourquoi il donne l’ordre d’annoncer l’Evangile par toute la terre. Quant au baptême il ne donne pas d’importance à ce rite en tant que rite. Pour Marc comme pour les autres évangélistes, ce qui compte c’est l’adhésion à Jésus, le reconnaître comme Rédempteur et Sauveur. Comme les apôtres qui n’ont pas eu besoin d’être baptisés parce qu’ils étaient plongés dans l’événement. . Le seul apôtre baptisé c’est Paul parce qu’il est venu après. Et la dernière intervention de Jésus auprès d’eux c’est pour les secouer, les traiter de têtes dures et d’incrédules. Pour croire, il leur a fallu toutes les preuves possibles. Ils les ont eues, c’est pourquoi Jésus leur dit : « Et maintenant, allez partager au monde entier tout ce que vous avez reçu. » Paul dira : « Tous ceux qui auront refusé de croire à la vérité et pris parti pour le mal… » (2 Tss 2,12) Refuser de croire à la Vérité c’est prendre parti pour le mal. Enfin voici Jésus enlevé au ciel pour prendre le même chemin qu’Elie. Et cela sans qu’il y ait de séparation entre lui et ses apôtres. Il travaillait avec eux. Comme son Père confirmait sa parole par des signes, c’est par des signes qu’il confirmait la parole de ses apôtres. « Ils chasseront les démons. » Là où un chrétien vit sa foi de tout son cœur, le démon ne peut pas ‘installer. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « Le démon est rempli de terreur à la vue d’un enfant innocent. » Pourquoi ? Parce qu’un enfant innocent c’est la demeure de l’Esprit de Dieu. « Ils parleront un langage nouveau. » C’est le langage de la charité. Ici, le mot langage prend un sens plus large que celui d’un échange de paroles, il s’agit plutôt de relation. Le disciple de Jésus aime son prochain comme lui-même, voilà le langage dans lequel il s’adresse à lui. « Ils prendront des serpents dans leurs mains. » On ne pourra pas tenir avec eux des propos médisants ou calomnieux. Pas de ‘langue de vipère’ parmi eux. « S’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal. » Les doctrines fausses n’auront pas cours parmi eux. La foi d’une personne simple est sans danger si elle est amoureuse de son Dieu. « Ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci s’en trouveront bien. » L’Eglise a un sacrement spécial, l’onction des malades. N’importe quel prêtre peut témoigner de ce que le malade ressent après cette onction reçue dans la foi. Et même les laïques qui se réunissent pour prier près d’un malade, expérimentent la présence active de Jésus au milieu d’eux.

avril 24, 2013

4e Jeudi

avril 24, 2013

i – Marc 16,15-20.

On pense que cette dernière partie est un ajout du IIe siècle. Elle se présente comme un résumé de passages pris dans les autres évangélistes. On reconnaît l’épisode de Marie Madeleine. C’est Jean qui en fait l’envoyée aux envoyés. Les sept démons chassés signifient qu’elle a été entièrement purifiée, le nombre sept représente la plénitude. Sa conversion à Jésus a donc été totale, elle s’est donnée à lui de tout son cœur, de toute son âme, de toute ses forces, ainsi que le demande le Deutéronome. Quant aux deux disciples qui s’étaient enfuis à la campagne, Ils ressemblent comme des jumeaux aux disciples d’Emmaüs dont parle Saint Luc. Puis Enfin, dans l’épisode des disciples à table lors de l’apparition. On reconnaît la griffe de Saint Matthieu. Alors pourquoi cet ajout à l’évangile de Marc qui avait versé son sang pour le Christ et l’évangile peut-être 50 ans auparavant. Il me semble que l’église de Rome a voulu mettre une note moins tragique à ce livre qui a été écrit pour elle. Elle est dure la manière dont Marc le termine. « Après avoir vu le tombeau vide, les femmes s’enfuirent et ne dirent rien à personne car elles avaient peur. Point final. Alors l’Eglise a voulu ajouter quelque chose de très important. D’abord que Jésus Ressuscité domine toute la Création c’est pourquoi il donne l’ordre d’annoncer l’Evangile par toute la terre. Quant au baptême il ne donne pas d’importance à ce rite en tant que rite. Pour Marc comme pour les autres évangélistes, ce qui compte c’est l’adhésion à Jésus, le reconnaître comme Rédempteur et Sauveur. Comme les apôtres qui n’ont pas eu besoin d’être baptisés parce qu’ils étaient plongés dans l’événement. . Le seul apôtre baptisé c’est Paul parce qu’il est venu après. Et la dernière intervention de Jésus auprès d’eux c’est pour les secouer, les traiter de têtes dures et d’incrédules. Pour croire, il leur a fallu toutes les preuves possibles. Ils les ont eues, c’est pourquoi Jésus leur dit : « Et maintenant, allez partager au monde entier tout ce que vous avez reçu. » Paul dira : « Tous ceux qui auront refusé de croire à la vérité et pris parti pour le mal… » (2 Tss 2,12) Refuser de croire à la Vérité c’est prendre parti pour le mal. Enfin voici Jésus enlevé au ciel pour prendre le même chemin qu’Elie. Et cela sans qu’il y ait de séparation entre lui et ses apôtres. Il travaillait avec eux. Comme son Père confirmait sa parole par des signes, c’est par des signes qu’il confirmait la parole de ses apôtres. « Ils chasseront les démons. » Là où un chrétien vit sa foi de tout son cœur, le démon ne peut pas ‘installer. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « Le démon est rempli de terreur à la vue d’un enfant innocent. » Pourquoi ? Parce qu’un enfant innocent c’est la demeure de l’Esprit de Dieu. « Ils parleront un langage nouveau. » C’est le langage de la charité. Ici, le mot langage prend un sens plus large que celui d’un échange de paroles, il s’agit plutôt de relation. Le disciple de Jésus aime son prochain comme lui-même, voilà le langage dans lequel il s’adresse à lui. « Ils prendront des serpents dans leurs mains. » On ne pourra pas tenir avec eux des propos médisants ou calomnieux. Pas de ‘langue de vipère’ parmi eux. « S’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal. » Les doctrines fausses n’auront pas cours parmi eux. La foi d’une personne simple est sans danger si elle est amoureuse de son Dieu. « Ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci s’en trouveront bien. » L’Eglise a un sacrement spécial, l’onction des malades. N’importe quel prêtre peut témoigner de ce que le malade ressent après cette onction reçue dans la foi. Et même les laïques qui se réunissent pour prier près d’un malade, expérimentent la présence active de Jésus au milieu d’eux.

4e Mercredi de P

avril 23, 2013

Jn 12,44-50.

Jésus avait dit avant d’aller se cacher: « Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière. » Et qu’est-ce que la lumière sinon l’intelligence du cœur qui permet de lire l’amour de Dieu à travers tous les événements. L’intelligence du cœur on peut l’appeler aussi ‘Le cœur ouvert. La bonne volonté’ Et il faut croire que les judéens ne l’avaient pas comme la suite l’a prouvé. Jean fait donc un constat d’échec et en a cherché l’explication dans Isaïe. Isaïe s’interroge en constatant son propre échec. « Seigneur qui a cru à ce que nous avons entendu, le bras du Seigneur à qui a-t-il été révélé ? » (Is 53,1) Et le Seigneur répondit à Isaïe: « Va! Engourdis le cœur de ce peuple. » Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que la prédication ne fait qu’endurcir le cœur des auditeurs rebelles. Leur parti est pris définitivement et tout ce qui ira à l’encontre de leurs préventions ne pourra que les exaspérer. Isaïe demande donc: « Jusqu’à quand ? » Le Seigneur répond: « Jusqu’à ce que leurs villes soient dévastées, leur terre ravagée « On repense à Jésus pleurant sur Jérusalem qu’il aurait tant voulu sauver mais qui refuse. (Mt 23,37; Lc 13,34) Et Dieu est impuissant devant leur liberté. Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné une fois pour toutes. Donné c’est donné, reprendre c’est voler. Si Dieu les contraignait à lui dire Oui, pour leur bien, il se renierait lui-même. Il ne serait plus le Dieu Amour infiniment respectueux de sa créature. Mais Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils aient connaissance de la vérité. (1 Tm 2,4) C’est à dire qu’ils adhèrent à la Vérité. Comment va-t-il s’y prendre avec la liberté ? Nous sommes devant un mystère mais on peut dire que si une liberté ne peut pas se contraindre elle peut être séduite. Et l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour, est un séducteur comme il n’y en a pas deux. Laissons agir l’Esprit Saint. Cependant beaucoup de judéens se sont laissés séduire, touchés qu’ils étaient par les paroles de Jésus. Ils l’auraient bien suivi s’ils n’avaient pas eu si peur des autres. Jean constate là aussi un autre aspect de l’échec de la prédication même accompagnée de miracles. L’extraordinaire ne convertit pas, seul l’Esprit peut changer les cœurs. Nicodème qui était venu vers Jésus de nuit et qui est resté son disciple en secret, ne s’est déclaré son ami lorsque, sur la croix, Jésus eut enfin remis l’Esprit.

4e Mardi de P

avril 22, 2013

4e Mardi de P – Jn 10,22-30

Puis voici la fête de la Dédicace du Temple (22) plus précisément, la restauration de l’autel profané par Antiochus Epiphane. Cette fête s’appelle en hébreu la hanouka  du verbe « hanokh » qui signifie inaugurer, instruire, initier. C’est la fête des lumières, des lumières qui éclairent le regard et celles qui éclairent l’esprit. Et voici que Jésus allait et venait sous le portique. Aller et venir, surtout sous un portique c’était chez les grecs, l’attitude de l’enseignant. Et Jésus par son enseignement montre à tous qu’il est la Lumière. Voici donc les judéens qui se groupent autour de lui et le harcèlent de questions. Ils veulent lui faire dire la parole qui leur permettra de le lapider. « Qui es tu ? Dis le ouvertement. » Le feu qui brille sur les lampes du Temple s’éteint dans les cœurs des responsables de ce Temple. Le vrai feu inextinguible est caché au cœur du nouveau Temple, au cœur de Celui qui a dit: « Je suis venu jeter le feu sur la terre. » (Luc 12,49) A leur question, Qui es tu ?, Jésus les renvoie à ses paroles précédentes et aux œuvres qui les accompagnaient. Mais ils refusent d’écouter la voix qui monte du fond de leur cœur « Vous n’êtes pas de mes brebis », leur dit alors Jésus. On ne peut pas comprendre les paroles de Jésus si l’on ne s’engage pas. La Vérité ne s’apprend que dans la mesure où l’on se met en route derrière elle. Le Peuple de Dieu est un Peuple en marche. Tandis que les ennemis de Jésus sont installés dans leurs structures confortables et ne veulent pas en bouger. Ils sont sclérosés. Ils paraissent vivants et ils sont déjà morts. Les brebis qui écoutent la voix du Pasteur et le suivent, celles-là elles vivent. Jamais elles ne périront, elles vivent pour toujours. Il n’y a pas de plus grande sécurité que d’être dans la main du Berger et du Père car le Berger et le Père sont Un. « Voici que j’aurai soin de mon troupeau et c’est Moi qui m’en occuperai. » (Ez 36,11) C’est cette déclaration concise, Le Père et Moi nous sommes Un, qui est l’appui principal de toutes les réflexions sur le Christ aux premiers siècles. Le Concile de Calcédoine en 451 déclare: « Nous enseignons tous unanimement à confesser un seul et même Fils, Notre Seigneur Jésus Christ. Parfait en sa divinité, parfait en son humanité. Vraiment Dieu et vraiment homme. Consubstantiel au Père par sa divinité, consubstantiel à nous par son humanité. » Dans la déclaration de Jésus, le pluriel « nous sommes » maintient la distinction des personnes. Tandis que le singulier « Un » affirme l’unité entre elles. Mais en affirmant le lien intime qu’il a avec le Père, qu’il a le même pouvoir que le Père, qu’il est source de vie comme le Père, Jésus encourt obligatoirement la condamnation. C’est pourquoi les judéens se mettent tout de suite à préparer l’exécution en apportant des pierres. Ebastasan tous litous. Ils l’avaient déjà fait, ils recommencent. Mais cette fois encore cela leur est interdit. Jésus n’a pas encore donné sa permission. Il leur demande tranquillement pourquoi ils veulent le lapider. « Est-ce pour le bien que j’ai fait. » Pierre plus tard dira une parole semblable à celle de Jésus. « Nous sommes interrogés aujourd’hui devant vous pour avoir fait du bien à un infirme. » (Ac 4,9) Ils accusent Jésus de se faire Dieu tout en étant homme. Jésus n’a jamais dit en propres termes « Je suis Dieu ». Mais il pousse les gens qui sont autour de lui a se poser la question. Ses œuvres sont une véritable preuve qu’il agit au nom de Dieu. Et cela Nicodème l’avait compris. Mais Jésus va encore plus loin dans son affirmation. Et il apporte la preuve qu’il dit vrai: « Si je n’accomplis pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les accomplis, allez vous nier ce que vos yeux voient? » (cf vv.37-38) Et Jean montre combien il est rompu aux discussions rabbiniques. « Votre Loi, fait-il dire à Jésus, appelle dieux ceux que Dieu a délégués pour parler en son Nom (v.34). Et vous me refusez ce titre alors que j’accomplis devant vos yeux les œuvres pour lesquelles le Père m’a envoyé. Je puis donc prendre à mon compte le titre de juge, donc de Fils de Dieu. » (cf Ps 81) Il avait déjà dit: « Le Père ne juge personne mais il a donné au Fils tout pouvoir pour juger. » (5,23) Selon la pure tradition juive, Jésus applique les paroles du psaume à tous ceux qui écoutent la parole de Dieu. Voilà ce à quoi les hommes sont destinés, à devenir des dieux. Et la porte d’entrée dans la vie divine c’est la filiation. Chaque être humain est appelé à ressembler aux personnes divines et, très exactement, à la personne du Fils. C’est la Nouvelle Genèse, qui est une naissance divine, celle que Dieu fait germer en son Peuple chargé de la gestation. Un fils de l’Eglise est un fils de Dieu. Et comme en même temps il est membre de cette Eglise, il fait lui aussi partie de la Mère Eglise. D’où la parole de Jésus: « Celui qui écoute la Parole de Dieu et s’y conforme, celui là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Mt 12,50) Bien que cette déification soit une naissance et un don gratuit, elle requiert toute la grandeur de l’effort humain qui n’est pas diminué mais consacré. Jésus les laisse là, il va en pèlerinage aux lieux de son baptême, de sa tentation au désert, au lieu de l’appel des premiers disciples. Et il les laisse là, tous. Mais quelques uns déclarent: « Jean n’a fait aucun signe mais tout ce qu’il a dit au sujet de Celui-ci est vrai. » (v.41) Et c’est ainsi que beaucoup crurent en lui.

4e Lundi

avril 21, 2013

Jn 1,1-10

Ainsi parle le Seigneur: « Ecoutez, pasteurs. Parce que les pasteurs ne s’occupent pas de mon troupeau et se paissent eux-mêmes sans paître mon troupeau,… voici que j’aurai soin moi-même de mon troupeau et je m’en occuperai… Je mettrai à sa tête un pasteur qui les fera paître, mon serviteur David… Je ferai disparaître les bêtes féroces,… il n’y aura plus de famine… Vous mes brebis, vous êtes le troupeau que je fais paître, moi le Seigneur votre Dieu. (Ez 34,1-31) C’est tout ce long passage d’Ezéchiel au sujet des mauvais pasteurs qui est venu immédiatement à la mémoire des auditeurs de Jésus quand il a amorcé la parabole de la bergerie. Il y a peu de paraboles dans l’Evangile de Jean et elles amorcent toujours un long discours sur l’identité de Jésus. La parabole c’est un exemple parallèle à la réalité ». Comme si Jésus faisait un effort d’imagination pour expliquer le Royaume de Dieu. Nous avons déjà vu l’agressivité des ténèbres à l’œuvre contre la lumière. Et l’agonie de Jésus dans Saint Jean n’est pas racontée en quelques versets comme dans les synoptiques. Elle commence au moment où ses ennemis s’aperçoivent que le Peuple lui-même entrevoit sa véritable identité. Ils voient alors que le pouvoir pourrait bien leur échapper et la jalousie les pousse au meurtre. Devant cette violence des ténèbres, il faut la calme puissance de la parole de Dieu. C’est pourquoi Jésus est en dialogue avec le Père dans l’Esprit. Et la conclusion de ce dialogue c’est une nouvelle étape de l’enseignement. « Amen! Amen! Oui Père, je vais leur dire qui je suis. » Et la parabole débute. Vous connaissez l’enclos où l’on enferme les brebis pour la nuit. Il y a une porte qui sert pour entrer et pour sortir, et celui qui escalade la muraille ne peut être qu’un voleur. Ils comprennent tout de suite ces judéens pétris de textes bibliques. La bergerie c’est toujours Israël et c’est le même mot grec (aulé) qui signifie à la fois bergerie et cour du Temple. La cour du Temple où se rassemble le Peuple de Dieu, donc les brebis du Seigneur. Ils savent aussi à qui Jésus fait allusion lorsqu’il parle de voleurs. Les voleurs, ce sont ceux qui usurpent l’autorité. Entrer par la porte c’est exercer l’autorité de par la volonté de Dieu. Et la volonté de Dieu on la connaît d’après le choix du Peuple rassemblé. C’est bien ainsi que Jésus accueilli par la foi populaire entrera à Jérusalem. Il entrera au nom du Seigneur. C’est aussi ce même Peuple, appelé « l’Epouse » par Jean Baptiste qui se précipitait pour accueillir l’Epoux. Ils avaient compris que celui qu’ils attendaient et dont le Baptiste leur avait parlé était celui-là. Mais là encore le Peuple de Dieu appelé « troupeau » par les prophètes, n’est pas pour autant un troupeau de moutons. Les brebis qui vont au Bon Pasteur ce sont celles qui se reconnaissent à lui. Elles reconnaissent sa voix, c’est à dire la voix qui parle à leur cœur. Le cœur profond est sensible à Dieu et c’est leur cœur profond qui a reconnu celui qui vient au nom du Seigneur, qui parle au nom de Dieu. Jésus fait allusion au cri du berger qui appelle ses brebis. Cri qui n’est compris comme un appel que par ses brebis à lui. Celles là, il les fait sortir et les conduit en marchant à leur tête. C’est la parabole de la mise en route. Jésus fait sortir son Eglise de l’enclos du Temple où Israël tourne en rond et il l’ouvre au monde. Il est la lumière qui éclaire tout homme sans distinction, pas seulement la race d’Abraham. Et les brebis comprennent tout cela au fond de leur cœur. Paul disait: « Dieu m’est témoin que je vous aime tendrement. » Comment Dieu donne-t-il son témoignage ? Il le donne au fond des cœurs. Ceux qui sont de Dieu comprennent au cœur de leur être d’où viennent les paroles qu’ils entendent. « Quiconque est de la Vérité entend ma voix. »(18,37)Jésus prend la peine de leur expliquer cela en parabole. Pourquoi vos gens vous lâchent-ils ? Les brebis vont vers ceux qui les aiment. Et elles savent bien que vous ne les aimez pas puisque vous les méprisez et les traitez de maudits. (7,49) » Vous voudriez les enfermer dans votre enclos, leur imposer vos règlements humains dont certains vont à l’encontre des commandements de Dieu.(Mc 7,11) Tandis que moi, je suis la porte. Par la porte on peut entrer, on peut sortir, on est libre. Cependant on n’est pas sans discipline bien que je n’impose rien de l’extérieur. Parce que je parle au cœur. On ne peut pas attirer les brebis si l’on n’a pas les mœurs de Dieu. Et c’est ce que Jésus s’efforce de leur expliquer à ces fonctionnaires. Les brebis sont toutes uniques et elles le savent et elles ne suivent que celui qui les appelle chacune par son nom. Jésus dit donc « Je suis la Porte » dans le même sens qu’il dira « Je suis le Chemin » (14,16). Il est le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2,5). Il l’avait déjà annoncé devant Nathanaël. Les cieux ouverts au dessus du Fils de l’homme, la Porte du ciel et l’Echelle qui en descend pour y remonter c’est Lui. Et c’est trois fois de suite en insistant que Jésus parle de cette voix qui attire les brebis. Les mêmes mots que pour l’invitation du Psaume 95. « Aujourd’hui, si vous écoutiez sa voix » Jésus s’adressait aux pharisiens mais eux qui connaissaient pourtant le psaume, n’ont rien compris. Non seulement ils manquent d’intuition mais ils sont incapables de saisir l’événement qu’ils vivent. La haine rend aveugle. Quand Jésus parle de ceux qui sont intervenu avant lui, il ne s’agit évidement pas des hommes de Dieu, patriarches ou prophètes qui l’ont précédé. Il s’agit très probablement des zélotes, auteurs de coups de main comme Teudas, Judas le galiléen, etc. dont parle Gamaliel au tribunal qui jugeait les apôtres. (Ac 5,35-37) Ou encore Barrabas que Jean appelle « voleur de grand chemin » listis (Jn 18,40). Ces gens là se posaient en libérateurs mais ils venaient vraiment pour égorger et pour détruire. On peut également appeler brigands les rois et les prêtres qui asservissaient le Peuple au lieu de le servir. Qui n’étaient pas des promoteurs mais des maîtres, des étouffeurs de libertés. Ils imposent des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne voudraient pas toucher du bout du doigt (Mt 23,4). Quant à eux ils profitent de la faiblesse des petits pour les exploiter. Les veuves par exemple. Elles n’ont personne pour les défendre, alors ils s’approprient ce qu’elles possèdent (Mt 23,14) Voilà pourquoi il ne sont pas écoutés. Seul celui qui parle en vérité au Nom de Dieu peut se faire entendre d’une manière durable. C’est ce que disait Gamaliel: « Si cela vient des hommes cela tombera. Au contraire si cela vient de Dieu. » (cf Ac 5,39)

4e dim P.

avril 20, 2013

4e dim P. – Jn 10,27…30

Le voyage missionnaire continue. Paul et son compagnon vont cette fois à Antioche de Pisidie, dans les montagnes turques. C’est là que Paul va donner son témoignage aux juifs et aux grecs réunis dans la synagogue. Il semble bien que beaucoup de grecs étaient attirés par le culte du Dieu Unique adoré à la manière d’Israël. C’est partout que l’on attendait le Christ, pas seulement en Israël mais dans tout dans le monde connu à cette époque.
Et l’on savait même qu’il devait venir du pays des juifs. L’épisode des mages en Saint Matthieu est un signe de cette attente générale. Paul est donc écouté comme un porteur de nouvelles que l’on espérait depuis longtemps. Et il n’est pas étonnant que le samedi suivant il y ait eu tant de monde à la synagogue.
Paul commence son discours à la manière rabbinique, comme il l’avait lui-même entendu de la bouche d’Etienne. Le thème de ce discours c’est l’acharnement de Dieu à sauver un Peuple à la tête dure, sans cesse infidèle, mais qui va être l’instrument dont son amour va se servir pour conquérir le monde. Et cette infidélité est même prévue. A cause d’elle, la réalisation des promesses prendra du temps mais viendra en son temps.
Et Paul raconte comment Dieu s’y est pris. A partir d’un homme qui croyait en lui, et de sa femme stérile, il a mis au monde un fils, mais pour que ce fils devienne tout un peuple il a fallu des années. Environ 450 ans dit Paul. Et pendant tout ce temps ce peuple n’avait même pas l’apparence d’un peuple.
C’était un ramassis de petites gens impuissants à faire valoir leurs droits, ou à s’imposer de quelque manière que ce soit. Il en est d’un peuple comme d’un individu. Au début de son existence, l’homme n’est qu’un embryon dans le sein de sa mère. Il n’a pas d’autre possibilité que celle de croître avec les éléments que sa mère lui apporte. Et sa croissance de bébé achevée, il entre dans la famille.
Eh bien, Dieu a choisi l’Egypte pour être le lieu de croissance d’un embryon de peuple. Puis il a suscité parmi ces sans-droits un homme qui en serait le Chef. A ce chef il a inspiré une Loi, car sans loi il n’y a pas de peuple. Mais il a fallu attendre 12 siècles pour vienne au monde un homme qui pratiquerait cette Loi selon l’Esprit du Législateur et lui donnerait sa perfection définitive.
C’est ainsi qu’à travers lui, Israël a été établi Lumière des nations, et le salut venu des juifs (Jn 4,22) est en train de s’étendre pour envelopper toute la planète. La terre entière est invitée à acclamer son Seigneur. Oui nous sommes son Peuple, le troupeau qu’il conduit et qu’il amènera à la perfection d’un peuple adulte. Jean en a eu la vision qu’il décrit dans l’Apocalypse.
Il parle d’une foule immense devant le Trône, debout comme des êtres libres, vêtus de blanc parce qu’ils sont vivants à jamais. Ce peuple parlait toutes les langues, car il s’agit bien de tous les hommes, de tous ceux que Dieu a créés. Ces gens là ont travaillé et souffert en ne sachant pas toujours pourquoi, mais lorsque les temps seront accomplis, ils parviendront au bonheur inaltérable pour lequel ils ont été créés. Ce jour là, Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.
Nous son Peuple, son Troupeau.
Et le qualificatif de troupeau donné au Peuple de Dieu a une nuance affectueuse. Rien de dépréciateur dans l’expression; la brebis c’est l’animal chéri, celui que l’on porte sur ses épaules quand il ne peut pas suivre.
«Si vous observez mes lois, dit Dieu, je vous considérerai comme miens parmi tous les peuples. Je prendrai de vous un soin tout particulier. Je m’investirai totalement. Je serai non seulement votre Chef mais aussi votre Père, votre Enseignant, votre Défenseur, votre Serviteur. »
Comme nous sommes tous plus ou moins responsables de quelqu’un ou de quelques uns, nous avons à être les fidèles images du Bon Pasteur à qui les brebis appartiennent.
Celui qui considère les brebis comme étant ses brebis à lui, celui-là saura prendre des initiatives lorsque l’intérêt des brebis sera en jeu. Il répondra aux intuitions de l’Esprit en lui parce qu’il est tout le contraire d’un mercenaire qui se cache derrière un règlement.
La réglementation s’appuie sur le passé et doit être toujours en état de réforme. Ainsi, un mercenaire qui dépasserait le Règlement pour suivre son intuition dans l’intérêt des brebis cesserait d’être un mercenaire. Il deviendrait aussitôt un bon pasteur.
Tout cela ne va pas sans l’amour inconditionnel que le pasteur doit avoir pour ses brebis. Et cet amour inconditionnel pousse à connaître de mieux en mieux, et de plus en plus profondément chacune d’elle.
La connaissance profonde des brebis est une des notes du bon pasteur. Lui, il connaît ses brebis parce qu’il prend la peine de les regarder. Et les brebis se sentent comprises et vont à lui.
Quand on a reçu la charge et la grâce d’être pasteur, que ce soit comme père de famille, chef de groupe ou curé on doit toujours avoir devant les yeux Celui qui a dit : « Me voici au milieu de vous comme celui qui sert. » Et qu’est-ce que servir sinon donner sa vie.
Que le Bon Pasteur nous fasse connaître et aimer ceux qu’il nous confie.

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3e Samedi de P

avril 19, 2013

Jn 6,60-69

Jésus s’adresse alors aux douze et c’est sa neuvième parole. « Vous voulez partir vous aussi ? » Il ne fait aucune concession, s’ils veulent partir qu’ils partent. Ce sera raté et c’est tout. S’ils ne veulent pas de ce message là bien précis, il vaut mieux qu’ils s’en aillent. Sans ce message, ils n’ont aucune utilité. Cela fait penser à ce qui s’est passé pendant le procès pour la béatification de Thérèse de l’Enfant Jésus. Quelques uns de ceux qui en étaient chargés voulaient passer sous silence sa doctrine de « la petite voie » et ne parler que de l’héroïcité de ses vertus. Toutes ses sœurs se sont dressées pour dire qu’elles préféraient que l’on ne parle plus de béatification. Il fallait prendre sa vie dans son entier ou la laisser. C’est ce que Jésus a vécu. Il met ses disciples en demeure de le suivre inconditionnellement ou de s’en aller. La foi est une orientation de vie. Il s’agit de partir dans la bonne direction. Et les termes qui sont employés dans ce passage, marcher, partir, aller, montrent que la foi en Jésus, c’est un mouvement vers.
Vers quoi ? Vers le point que lui seul connaît. Et c’est pourquoi si l’on veut suivre Jésus il faut se confier à lui. On ne lui fait pas confiance à moitié. On lui répond par Oui ou par Non mais pas par Oui mais ni par Non mais. Ni par des peut-être. C’est dans cet esprit qu’Elie avait mis les israélites devant un choix de vie en disant: « Si Baal est dieu suivez le. Si c’est Yahvé suivez Yahvé. Mais ne boitez pas tantôt vers l’un tantôt vers l’autre. » (1 R 18,21) Dans le Deutéronome, Moïse parle de même. « Voici que je te propose la vie et le bonheur ou bien la mort et le malheur. Choisis! (Dt 30,5) » Cela c’est la Tradition judéo-chrétienne. On ne peut pas suivre deux chemins. Il y en a un qui mène à la perdition et un autre qui mène à la vie. (Mt 7,13-14) Qui n’est pas avec Jésus est contre lui, qui n’amasse pas avec lui dissipe. (Mt 12,30) Pierre est convaincu et sa profession de foi en Jésus montre sa certitude: « Nous croyons et nous savons ». Nous avons la foi, et nous avons la connaissance. Il parle au parfait. Sa foi et sa connaissance c’est un acquis. Il croit, il connaît, dès maintenant et pour toujours. Et que croit-il ? Il croit que Jésus est le Saint, le Saint de Dieu, le seul Saint. Et nous sommes là devant l’expression peut-être la plus ancienne pour désigner Jésus. Sa foi et sa certitude lui font désigner Jésus comme le seul appui digne de confiance. « C’est toi qui as les paroles de la vie éternelle. » Ce qui réconforte Jésus c’est l’exclamation de cet homme à l’âme d’enfant qui est Pierre. »Où pourrions nous aller si ce n’est vers toi, nous qui cherchons la vie éternelle. » « Oh Pierre, pense Jésus dans son cœur, tu n’as pas deviné cela tout seul, c’est mon Père qui te l’a dit. Et c’est une preuve qu’il t’aime tout spécialement. Tu as de la chance. » Le Père parlait à tous mais Pierre a mieux écouté que les autres. Jérémie inspiré et parlant au Nom de Dieu s’écrie: « Je mettrai mes paroles au fond de leur cœur, ils n’auront plus à s’instruire mutuellement… mais ils me connaîtront tous car je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. » (Jr 31,33) Voilà ce qui empêche de connaître Dieu, le péché tout simplement et le péché n’est pas autre chose que de se regarder soi-même au lieu d’avoir le cœur tourné vers Dieu et vers les autres. Au fond du cœur de chacun il y a une source, c’est cette source que Pierre a entendue murmurer à la manière de Saint Ignace d’Antioche qui écrivait dans sa prison: « J’entends au fond de moi une source qui murmure et qui dit: Viens vers le Père. » Mais cette source de l’Esprit Saint ne coule que dans la mesure où notre égoïsme, notre égocentrisme, ne la bouche pas. Pour cela il faut continuellement gratter. Il y avait une source à la grotte de Lourdes bien avant que Bernadette vienne au monde. Mais personne ne le savait. Elle s’est mise à couler lorsque Bernadette l’a libérée. Mystère de la liberté de Dieu qui ne désire pas autre chose que de nous envahir pour faire de nous des êtres pleinement libres, mais qui, pour cela, veut notre consentement actif. Judas aussi avait une source dans son cœur; elle ne demandait qu’à couler mais le drame de Judas c’était d’être bouché par le dedans. C’était un patriote Judas, il aimait son pays. Mais ce n’était peut-être pas la bonne manière de l’aimer car il refusait toute autre manière que la sienne, la manière de Jésus par exemple. Il ne voyait pas plus loin que le territoire d’Israël, le Messie qu’il attendait c’est un messie militaire. Et il haïssait les romains. Son désir était de se venger de leurs exactions. Ce n’est pas pour rien que Matthieu dans sa liste des apôtres, met Judas en compagnie de Simon le zélote. (Mt 10,4) Seulement voilà, Dieu aime tous ses enfants et son désir c’est de les réconcilier. Il ne juge pas à la façon des hommes qui ne regardent que l’extérieur. Il sait ce qu’il y a au cœur de l’homme. Si Judas n’avait pas été cet homme qui cherchait à se faire justice lui-même, il n’aurait pas empêché la justice de Dieu d’entrer en lui, ce qui l’aurait poussé à adhérer à Jésus sans y mettre de condition.Avec Jésus on est au port dès ce monde. Se mettre en chemin avec lui c’est être déjà arrivé, car lui, il est le Chemin, la Vérité, la Vie. Et il conclue avec une dixième parole: « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis tous, vous les douze ? » Notons la nuance de la voie moyenne en grec « exelekamen », je vous ai choisi pour moi. Je me suis mis tout entier dans ce choix et je me donne à vous tout autant que je vous prends pour moi. C’est un véritable mariage que Jésus contracte avec ses douze. Tout en sachant que l’un d’eux est un démon. Il devait être trahi. Et l’on ne peut être trahi que par les siens. Il fallait que le traître soit un des siens. L’un de ses amis, et des plus intimes. L’un des douze dit Jean. Et l’on devine le ton douloureux de ce « eis ek tôn dôdeka ».